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Thomas Lemmer ralentit le monde avec « DREAMSCAPES II »

Thomas Lemmer ralentit le monde avec « DREAMSCAPES II »
  • Publishedaoût 14, 2026

« Thomas Lemmer déploie avec “DREAMSCAPES II” un refuge ambient où le piano, la lumière et les silences semblent enfin avoir le temps de respirer. »

Quand le silence devient une matière

À force de vivre entourés de notifications, de flux, de vidéos qui démarrent avant même qu’on ait décidé de les regarder, l’idée de consacrer un album entier à la lenteur pourrait presque passer pour un geste radical.

Thomas Lemmer choisit pourtant cette voie sans chercher à en faire un manifeste.

« DREAMSCAPES II » ne réclame pas l’attention. Il la laisse revenir.

Le compositeur et producteur allemand travaille depuis longtemps à la frontière de l’ambient, de l’électronique cinématographique et de la composition instrumentale. Ici, piano délicat, textures électroniques chaudes, nappes presque immobiles et détails de sound design forment un disque construit autour de la lumière, du souvenir, de la disparition et de ce que le calme finit parfois par révéler.

L’album est aussi pensé comme un objet visuel. Lemmer a réalisé lui-même son identité graphique à partir de Polaroids : nuages, ciels, doubles expositions, autoportraits, accidents de lumière. Une photographie imparfaite pour une musique qui refuse justement l’hyper-définition émotionnelle.

Quatorze morceaux. Presque autant de façons de regarder quelque chose disparaître sans essayer de le retenir de force.

« The Light That Carried Us Through »

L’ouverture ne commence pas dans l’obscurité, mais dans ce qui a permis de la traverser.

« The Light That Carried Us Through » pose immédiatement le vocabulaire de « DREAMSCAPES II » : une lumière qui n’éblouit pas, mais accompagne. Le piano paraît moins chercher une mélodie mémorable qu’un point d’équilibre.

Le morceau ressemble à cette sensation particulière de regarder derrière soi après une période difficile et de découvrir qu’un détail, une personne ou une présence presque invisible nous a porté davantage qu’on ne l’avait compris sur le moment.

Thomas Lemmer ne dramatise jamais cette idée. Il laisse la chaleur entrer progressivement.

« The Stillness of What Once Was »

Le deuxième morceau change légèrement de température.

« The Stillness of What Once Was » parle déjà du passé, mais sans nostalgie surchargée. Ce qui « était » n’est plus accessible ; il en reste seulement une immobilité.

Le titre suggère une pièce après le départ de quelqu’un. Les objets sont encore là, mais leur signification a changé.

Les textures ambient deviennent presque architecturales. Le silence semble entourer les sons au lieu de simplement les séparer.

Lemmer comprend très bien que la mémoire n’est pas toujours bruyante.

Parfois, elle ne fait absolument rien.

Et c’est précisément ce qui fait mal.

« Weightless in a Sea of Light »

Ici, le disque commence à flotter.

« Weightless in a Sea of Light » abandonne un peu de la gravité émotionnelle des deux premières pistes pour chercher une sensation d’apesanteur. Les nappes s’étendent, le piano devient presque une particule parmi les autres.

Le morceau ne progresse pas vraiment vers un climax. Il élargit plutôt l’espace autour de l’auditeur.

C’est l’un des principes importants de l’album : Thomas Lemmer ne considère pas la répétition comme un manque d’événement. Elle permet au contraire de modifier notre perception du temps.

Plus on reste longtemps dans la lumière, plus elle commence à révéler ses nuances.

« A Sky of Light, A Symphony Unfolding »

Le titre est immense, presque romantique.

La musique, elle, préfère garder une forme de retenue.

« A Sky of Light, A Symphony Unfolding » évoque une ouverture progressive, quelque chose qui se déploie au-dessus de nous sans réclamer notre participation. Le caractère cinématographique de Lemmer devient ici plus évident : on imagine facilement des paysages, des plans larges, des mouvements très lents.

Cette dimension pourrait parfois frôler une certaine beauté trop parfaite. Mais Lemmer évite généralement le piège grâce à des textures suffisamment fines pour conserver une fragilité.

La symphonie n’explose pas.

Elle apparaît.

« Notes Left in the Quiet (In the Stillness of 2AM) »

Deux heures du matin.

Un horaire très précis pour un morceau qui parle justement de ce moment où la journée s’est retirée mais où le sommeil n’est pas encore arrivé.

« Notes Left in the Quiet » ressemble à une conversation avec ce qui reste lorsque tout le reste se tait.

Le piano devient naturellement central. Quelques notes suffisent à créer une intimité presque domestique, comme si l’auditeur était assis dans la même pièce que le compositeur.

C’est l’un des passages les plus personnels du disque parce qu’il ne cherche aucune immensité.

Il reste éveillé.

« Among the Stars We Fade »

Thomas Lemmer regarde ensuite vers quelque chose de beaucoup plus vaste.

« Among the Stars We Fade » associe l’échelle cosmique à notre propre disparition. Face aux étoiles, tout devient provisoire.

L’idée pourrait facilement sombrer dans le grandiose new age. Lemmer conserve heureusement une certaine pudeur.

Les textures donnent une sensation d’espace sans chercher à imiter littéralement le cosmos. Le morceau parle moins d’astronomie que de perspective.

Nous disparaissons.

Les étoiles aussi.

Simplement, pas au même rythme.

« The Silence That Holds Us »

Le silence change ici de fonction.

Il n’est plus absence. Il devient soutien.

« The Silence That Holds Us » suggère qu’un moment sans paroles peut parfois contenir davantage qu’une tentative maladroite d’expliquer ce qui ne peut pas l’être.

Les arrangements sont volontairement réduits. Chaque élément paraît placé avec précaution, comme si ajouter davantage risquait de rompre quelque chose.

C’est l’un des morceaux où la philosophie de « slow listening » défendue par l’album devient la plus convaincante.

Le silence n’est pas vide.

Il tient.

« The Sound of Letting Go »

Comment sonne le fait de laisser partir ?

Thomas Lemmer ne répond évidemment pas avec un geste spectaculaire.

« The Sound of Letting Go » travaille davantage sur la diminution, le retrait, cette manière dont quelque chose peut quitter progressivement notre champ émotionnel sans disparaître complètement.

Le morceau possède une tristesse très calme.

Le « letting go » n’est pas présenté comme une victoire ou une guérison. C’est une modification de la relation au souvenir.

On ne détruit rien.

On desserre simplement les doigts.

« A Memory Still Breathing »

La mémoire revient immédiatement.

Preuve que lâcher prise ne signifie pas effacer.

« A Memory Still Breathing » est l’un des plus beaux titres du disque parce qu’il donne au souvenir une qualité presque organique. Quelque chose continue de respirer alors même que son origine appartient au passé.

La production entretient cette sensation de présence fragile, avec des textures qui semblent apparaître puis se dissoudre avant d’avoir totalement pris forme.

Lemmer sait très bien travailler cette frontière.

Le passé n’est jamais totalement mort.

Il vit simplement autrement.

« In the Quiet of What Was »

Ce morceau pourrait être le miroir de « The Stillness of What Once Was ».

Le vocabulaire revient, volontairement.

Quiet. Was.

Silence. Passé.

Thomas Lemmer assume la répétition lexicale comme il assume la répétition musicale. Les mêmes notions reviennent parce qu’elles ne sont jamais exactement comprises de la même manière après plusieurs morceaux.

« In the Quiet of What Was » semble plus résigné que le début de l’album.

Le passé n’a plus besoin d’être interrogé.

Il peut simplement rester là.

« A Stillness That Echoes »

Une immobilité qui résonne : nouveau paradoxe.

« A Stillness That Echoes » condense assez bien toute l’esthétique de « DREAMSCAPES II ». Comment quelque chose d’immobile peut-il continuer à produire un mouvement ?

Par le souvenir.

Les nappes donnent au morceau une profondeur presque tactile. Les sons ne surgissent pas réellement ; ils semblent déjà présents lorsque l’on commence à les entendre.

C’est un titre qui gagne clairement avec une écoute au casque ou dans un environnement calme.

Le disque n’est jamais aussi convaincant que lorsqu’on accepte ses conditions.

« Their Voices Faded Into Light »

Des voix disparaissent.

Pas dans l’obscurité.

Dans la lumière.

Ce renversement empêche le morceau de devenir purement funèbre. « Their Voices Faded Into Light » parle de disparition, mais avec une douceur presque consolatrice.

Le titre peut évoquer le deuil, la distance ou simplement les gens dont la présence finit par se réduire à quelques fragments de mémoire.

La musique refuse de préciser davantage.

Et c’est mieux ainsi.

Lemmer laisse suffisamment d’espace pour que chacun place ses propres voix dans cette lumière.

« In the Fade of What Was »

La répétition devient presque obsessionnelle à l’approche de la fin.

Encore « what was ».

Encore ce qui fut.

Mais cette fois, le mot central est « fade ».

Ce n’est plus seulement l’absence ou le silence : c’est l’effacement progressif.

Le morceau semble accepter que même les souvenirs les plus importants perdent certains détails. Une voix, un visage, une sensation précise.

Il ne reste pas forcément ce que l’on voulait conserver.

Il reste ce que la mémoire a décidé de sauver.

« Notes Left in the Quiet (A Conversation With Silence) »

L’album revient enfin à « Notes Left in the Quiet », mais change son sous-titre.

À 2 heures du matin, il s’agissait encore d’un moment.

Ici, le silence devient interlocuteur.

Cette reprise donne au disque une construction circulaire discrète. Thomas Lemmer ne cherche pas à conclure avec un grand final. Il revient au geste initial : quelques notes déposées dans un espace vide.

La différence est que l’on n’écoute plus ce vide de la même façon.

Après quatorze morceaux, il semble rempli de tout ce qui a traversé l’album.

La lumière.

Les voix.

Les souvenirs.

Ce qui a été perdu.

Ce qui continue de respirer.

Et puis la conversation s’arrête.

Pas parce qu’elle est terminée.

Parce que certaines réponses arrivent mieux lorsqu’on ne les force plus.

L’art de ne pas remplir

« DREAMSCAPES II » demande une chose devenue presque luxueuse : du temps sans distraction.

Thomas Lemmer ne construit pas un disque qui cherche à retenir artificiellement l’auditeur. Il accepte le risque inverse. Certains trouveront ses motifs trop proches les uns des autres, son vocabulaire émotionnel très homogène ou son goût de la beauté atmosphérique parfois trop soigneusement contrôlé.

Ce sont de vraies limites.

Mais elles sont aussi la conséquence d’un choix esthétique assumé.

Lemmer veut construire un monde cohérent, pas une compilation d’ambiances disparates. Son ambient repose sur des nuances extrêmement petites, sur des changements de densité, des déplacements de lumière, des notes qui prennent de l’importance parce qu’elles ne sont entourées de presque rien.

La sortie en Dolby Atmos trouve d’ailleurs beaucoup de sens dans cette approche, tout comme l’existence du disque en vinyle et en CD. « DREAMSCAPES II » appartient à une logique d’écoute qui demande de l’espace — physique autant que mental.

Après plus de cinq cents morceaux publiés et une longue trajectoire dans l’électronique atmosphérique, Thomas Lemmer n’a évidemment plus besoin de démontrer qu’il sait remplir un arrangement.

Le geste intéressant consiste désormais à savoir quoi retirer.

Sur « DREAMSCAPES II », il retire presque tout ce qui pourrait interrompre la contemplation.

Puis il laisse la lumière faire le reste.

Pour découvrir plus de nouveautés du moment, n’hésitez pas à suivre notre Playlist EXTRAVANOW ci-dessous :

Written By
Extravafrench

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