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Prezice bâtit « S.Y.S.T.E.M » comme on bâtit un quartier

Prezice bâtit « S.Y.S.T.E.M » comme on bâtit un quartier
  • Publishedaoût 21, 2026

« Neuf réécritures, un premier single et une idée qui dépasse largement le cadre du rap conscient : “S.Y.S.T.E.M” envisage la musique comme une infrastructure sociale, où soutenir son voisin, son commerce, sa culture ou son artiste devient déjà une manière de résister. »

Prezice aurait pu choisir la carte de visite classique pour un premier morceau. Quelques mesures pour dire qui il est, d’où il vient, ce qu’il vaut. Il préfère commencer par parler des autres.

« S.Y.S.T.E.M » signifie « Support Your Soil Thru Every Means ». Le sol, ici, n’est pas une abstraction poétique : c’est ce qui nous a vus grandir, les communautés dans lesquelles on circule, les commerces que l’on décide ou non de soutenir, les artistes locaux, les familles immigrées, les cultures que l’uniformisation finit parfois par effacer. Prezice construit son morceau à partir d’une conviction presque économique autant que politique : une communauté survit aussi par la façon dont elle fait circuler son attention et son argent.

Cette densité explique probablement les neuf versions successives nécessaires à l’écriture.

Le rappeur s’inscrit dans une filiation revendiquée du hip-hop conscient américain, citant aussi bien Wu-Tang Clan que Kendrick Lamar parmi ses références. Pas pour reproduire leurs voix, mais pour reprendre une exigence : celle d’un rap où le texte doit supporter plusieurs écoutes. Le morceau parle d’oppression systémique, de solidarité de quartier, de droits des personnes immigrées, d’économie locale ; autant de sujets qui auraient pu aboutir à un inventaire militant assez lourd. Prezice cherche plutôt un principe commun capable de les relier.

Ce principe, c’est le territoire partagé.

« Underground or above ground, same field, same soil » résume assez bien sa façon de penser. Artistes installés ou indépendants, cultures différentes, habitants anciens ou nouveaux : tout le monde finit par dépendre du même environnement. Le discours de « S.Y.S.T.E.M » n’est donc pas seulement celui de la résistance face à une institution extérieure. Il interroge aussi ce que chacun entretient très concrètement autour de lui.

La dimension R&B contemporain apporte une respiration bienvenue à ce rap très chargé en idées. Prezice ne semble pas vouloir sacrifier l’accessibilité au sérieux du propos. Le morceau conserve une portée d’hymne, quelque chose qui cherche le collectif plutôt que la seule démonstration technique, tout en gardant l’écriture comme ossature principale.

Et le discours se prolonge en dehors du studio.

Prezice annonce que 70 % des revenus générés par « S.Y.S.T.E.M » sont destinés à des initiatives locales : une moitié de cette part pour des causes animales, l’autre pour des projets liés aux enfants. Le reste doit notamment permettre de financer de futurs projets construits sur une logique comparable. C’est une précision qui change la nature du morceau : soutenir sa communauté cesse d’être seulement le sujet du texte pour devenir une partie de son modèle économique.

Pour un premier single, la barre est placée à un endroit inhabituel. Prezice ne demande pas simplement qu’on écoute ce qu’il a à dire. Il organise déjà ce que la chanson est censée faire une fois sortie de ses mains.

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Extravafrench

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