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Beyond Disdain étire « Till Death Parts Us » jusqu’au point de rupture

Beyond Disdain étire « Till Death Parts Us » jusqu’au point de rupture
  • Publishedseptembre 15, 2026

« Dix-huit titres, quatre-vingt-une minutes et très peu d’échappatoires : “Till Death Parts Us” pousse Beyond Disdain vers un hard rock plus sombre, où deuil, dépendance affective, mémoire et survie finissent par se confondre dans une même architecture. »

Une heure vingt de musique laisse peu de place au camouflage.

Pour son deuxième album, Beyond Disdain ne cherche justement pas la concision. Le projet de Miami, écrit et produit par Shana et Trevor Anderson, préfère accumuler les états de crise jusqu’à construire un disque presque excessif dans ses proportions. Cette ampleur correspond bien à son vocabulaire : hard rock, metal alternatif, metalcore, accents gothiques et références assumées à cette génération 2000 marquée par Evanescence, Flyleaf, Breaking Benjamin, Chevelle ou Paramore.

« The Lies Beneath » ouvre le disque en installant immédiatement la question de ce qui reste caché. Plus qu’un simple morceau d’exposition, son titre donne une clé utile pour la suite : « Till Death Parts Us » passe beaucoup de temps à gratter sous les apparences, là où souvenirs, blessures et obsessions continuent d’agir.

« Marionette » déplace cette idée vers la perte de contrôle. La figure de la marionnette revient souvent dans les imaginaires gothiques et alternatifs, mais elle prend ici naturellement place dans un album où les relations peuvent devenir des forces qui tirent, retiennent ou manipulent.

« Confliction » insiste sur la contradiction intérieure. Son positionnement très tôt dans l’album évite de donner au projet une trajectoire émotionnelle trop propre : Beyond Disdain préfère la coexistence de sentiments incompatibles à une progression ordonnée vers la guérison.

« Lost Inside The Sound » est déjà plus intéressant dans ce qu’il suggère du rapport à la musique elle-même. Se perdre dans le son peut signifier refuge autant que disparition, et ce double sens correspond bien à un disque dont l’esthétique massive sert régulièrement à contenir des thèmes beaucoup plus vulnérables.

« Bleeding Ever After », déjà au cœur d’un précédent EP, possède l’un des titres les plus révélateurs de l’univers du groupe. Le « happily ever after » des contes est remplacé par une blessure prolongée : chez Beyond Disdain, la fin heureuse a souvent quelque chose de contaminé.

« Carousel » poursuit cette sensation de répétition. Là encore, impossible d’attribuer au morceau un récit précis à partir du seul titre, mais sa place dans un album consacré à l’obsession et à la mémoire rend l’image parlante : avancer en revenant continuellement au même endroit.

« Checkmate » apporte une autre forme de blocage. Après la marionnette et le manège, voici la partie terminée, le moment où les mouvements possibles disparaissent. La tracklist commence alors à ressembler moins à une suite de chansons qu’à une collection de différentes manières d’être coincé.

Puis « Fragments » dépasse les cinq minutes.

Le mot convient presque trop bien à la logique générale de l’album : ce qui subsiste après une rupture, ce que l’on récupère de soi, ce qui refuse de reformer un ensemble propre. Sur un disque aussi long, cette idée de fragmentation permet surtout à Beyond Disdain d’éviter un récit de reconstruction trop facile.

« Thick of It », avec Isaiah Richards, intervient exactement au milieu de cette masse. Sa présence modifie au moins la distribution vocale habituelle du disque, majoritairement associée à Selene Calder, et introduit une variation bienvenue dans un album qui pourrait autrement risquer l’uniformité sur une telle durée.

« In The Riptide » revient à une image d’entraînement incontrôlable. Le courant d’arrachement convient au vocabulaire émotionnel de Beyond Disdain : non pas tomber une fois, mais être continuellement repris par quelque chose de plus fort que soi.

« Anesthetic » apporte ensuite le vocabulaire de l’engourdissement. Après plusieurs morceaux construits autour du conflit et de la lutte, cette idée de ne plus sentir devient presque une autre réponse possible à la douleur. Ses cinq minutes prolongent cette suspension plutôt que de la traiter comme un simple interlude.

« Upside Down », le morceau le plus long de l’ensemble avec plus de cinq minutes vingt, pousse la désorientation encore ailleurs. À ce stade, « Till Death Parts Us » a déjà exploré contrôle, répétition, perte, dérive et anesthésie ; le renversement annoncé par le titre paraît presque logique.

« Long Way Home » est présenté comme le focus track de l’album, et son emplacement tardif est intéressant. Plutôt que d’arriver comme une solution rapide, le retour à la maison se présente après plus de quarante minutes de turbulence. Même sans disposer d’un récit détaillé du morceau, le choix de ce titre au cœur des thèmes de survie et de mémoire lui donne naturellement un rôle central.

« Static Electricity » réintroduit quelque chose de plus nerveux dans le vocabulaire du disque. La statique, c’est l’énergie qui existe déjà avant la décharge — un état d’attente qui correspond bien à un projet constamment placé entre retenue et explosion.

« Mirage », qui réunit Selene Calder et Isaiah Richards, est l’un des rares moments où leurs deux noms apparaissent ensemble. Cette coexistence donne au morceau une place particulière dans la tracklist, tandis que son titre ramène encore à la question de la perception : ce qui semble réel, ce que l’on poursuit, ce qui disparaît lorsqu’on s’en approche.

« Streams in the Wasteland » ouvre une image beaucoup plus large. Après des titres souvent centrés sur l’intériorité, celui-ci déplace brusquement le regard vers un paysage. Le contraste entre les « streams » et le « wasteland » suffit à introduire une idée de persistance : quelque chose continue de circuler dans un endroit supposé stérile.

« When I Sink », porté avec la contribution d’Isaiah Richards, refuse justement cette promesse de remontée immédiate. La survie, ici, n’est pas forcément victorieuse ou spectaculaire. Elle peut également consister à nommer le moment où l’on descend.

Le morceau-titre « Till Death Parts Us » arrive enfin après tout le reste.

C’est un choix important. L’expression reprend évidemment la formule matrimoniale « till death do us part », mais légèrement déplacée. Après dix-sept titres consacrés à la mémoire, aux blessures, à la perte de contrôle et aux traces persistantes, l’idée de séparation par la mort ne sonne plus comme une promesse romantique. Elle ressemble davantage au point où l’attachement devient impossible à distinguer de l’obsession.

Beyond Disdain assume par ailleurs un dispositif particulier : les compositions, arrangements et instruments sont réalisés par Shana et Trevor Anderson, tandis que la voix principale de Selene Calder est une persona vocale assistée par IA, créditée comme telle. Cette transparence évite l’ambiguïté et permet surtout de replacer l’outil à son niveau réel dans le projet : la structure musicale, l’écriture et la production restent issues du travail du duo, tandis que cette voix synthétique devient l’un des éléments constitutifs de son identité sonore.

« Till Death Parts Us » n’est pas un album qui cherche à paraître léger ou parfaitement calibré. Dix-huit morceaux, c’est beaucoup ; quatre-vingt-une minutes aussi. Mais cette longueur finit presque par devenir le sujet elle-même.

Certaines choses prennent simplement trop de place pour tenir dans quarante minutes.

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Written By
Extravafrench

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