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Music Rock

Earth Dog Mothership fait gronder « Breather » sans mode d’emploi

Earth Dog Mothership fait gronder « Breather » sans mode d’emploi
  • Publishedseptembre 22, 2026

« À Richmond, Earth Dog Mothership joue comme si les pédales d’effets avaient avalé la poussière d’un garage, un vieux blues et quelques restes de rock 90s. “Breather” avance lourd, sale, parfois presque narquois, avec huit morceaux qui préfèrent le poids du son aux étiquettes bien rangées. »

Earth Dog Mothership a une manière assez efficace de régler la question du genre musical : quand on leur demande comment définir leur son, ils répondent simplement « thank you ».

Ça raconte déjà beaucoup.

Le quatuor de Richmond, en Virginie — Chad England au chant et à la guitare, Joel Nolting à la seconde guitare, Bradley Lile à la basse et Mike Arjona à la batterie — travaille dans une matière épaisse où se croisent fuzz, stoner rock, heavy blues et souvenirs du rock alternatif des années 90. « Breather », leur deuxième album après « Blind Clocks » en 2023, donne surtout l’impression d’un groupe qui a appris à mieux utiliser sa masse.

Et ici, la masse bouge.

« Beat Up Bones » ouvre le disque sur un peu plus de cinq minutes. Le titre lui-même possède déjà la bonne texture : quelque chose de cabossé, physique, qui convient à une formation dont le son repose beaucoup sur les guitares saturées et une section rythmique lourde. C’est un choix d’ouverture logique pour un album qui veut installer immédiatement ses épaules plutôt que prendre trois chansons avant de se révéler.

Le morceau-titre « Breather » arrive juste derrière, plus court, à 4:08.

Le mot pourrait laisser imaginer une respiration, mais dans un disque pareil, une respiration n’a pas forcément besoin d’être douce. Sa place en deuxième position est intéressante : au lieu d’attendre le centre de l’album pour installer son morceau-titre, Earth Dog Mothership annonce rapidement son centre de gravité, puis repart ailleurs.

« L’Appel Du Vide (The Call of The Void) » étire ensuite le format jusqu’à 5:42.

Le français surgit au milieu d’une tracklist entièrement anglophone, et cette seule anomalie attire l’œil. L’expression désigne cette impulsion étrange qui traverse parfois l’esprit face au vide ou au danger. Sans davantage d’éléments fournis sur le texte, inutile d’y coller une psychologie complète ; ce qui est certain, c’est que le morceau occupe une place charnière dans le disque et ouvre un imaginaire plus sombre que les deux premiers titres.

Puis tout est coupé net.

« I Don’t Know What You Think You Are (I’ll Fuck You Up) » dure quarante-quatre secondes.

Quarante-quatre.

Sur un album où presque tout le reste navigue entre quatre et sept minutes, ce morceau ressemble moins à une chanson conventionnelle qu’à une décharge. Le titre est déjà suffisamment explicite dans son agressivité pour comprendre l’effet recherché : une interruption sèche, un coup d’épaule entre deux pièces beaucoup plus longues. C’est probablement l’un des gestes de séquençage les plus drôles du disque.

« The Gauntlet » reprend immédiatement de l’ampleur avec 5:22.

Après cette explosion miniature, Earth Dog Mothership revient vers un format où les guitares peuvent davantage s’installer. Le groupe fonctionne précisément bien dans ces durées intermédiaires : assez longues pour laisser les riffs se développer, assez compactes pour garder la tension.

« Lambchop » est le mastodonte de l’ensemble.

6:46, soit le morceau le plus long de la tracklist. Son nom presque innocent tranche avec la lourdeur potentielle suggérée par le reste du disque. Ce genre de décalage convient bien à un groupe qui semble apprécier l’humour sec autant que les amplis épais. Musicalement, sa durée laisse surtout davantage de place à cette chimie de quartet que « Breather » cherche à mettre en avant : deux guitares qui se répondent pendant que basse et batterie maintiennent le plancher.

« Shudder To Think » redescend légèrement à 5:30.

À ce stade, l’album a déjà installé une vraie logique de durée : la majorité des titres aiment prendre leur temps, mais aucun ne bascule dans la jam interminable. Earth Dog Mothership garde une discipline de chanson derrière la lourdeur, et c’est sans doute ce qui empêche leur stoner rock de s’affaisser sous son propre poids.

« Sister Mildred » ferme enfin la marche en 4:58.

Le titre ressemble presque à l’arrivée inattendue d’un personnage après toute une série de formulations abstraites ou menaçantes. Sans informations supplémentaires, difficile d’en inventer l’histoire, mais sa position finale lui donne une présence particulière : un nom propre au bout d’un disque jusque-là rempli d’os, de vide, d’épreuve et de frisson.

La tracklist transmise compte d’ailleurs huit morceaux, même si le résumé de présentation évoque à un endroit un LP de sept titres. Le détail mérite d’être relevé, surtout pour un album dont le séquençage joue autant sur les contrastes de durée.

Ce deuxième disque paraît surtout montrer un groupe beaucoup plus sûr de sa dynamique.

Chad England et Joel Nolting forment un front de guitares suffisamment dense pour donner à « Breather » son poids, mais Bradley Lile et Mike Arjona évitent que tout se réduise à une collection de riffs. La section rythmique garde le mouvement, le swing sale, cette sensation de rock qui pousse encore malgré la saturation.

« Breather » porte donc assez mal son nom, et c’est probablement tant mieux.

Earth Dog Mothership respire comme un moteur après une longue côte : fort, chaud, et avec encore beaucoup de bruit dans les poumons.

Pour découvrir plus de nouveautés ROCK, n’hésitez pas à suivre notre Playlist EXTRAVAROCK ci-dessous :

Written By
Extravafrench

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