PROJECT: Beyond regarde ce qui reste après « The End »
- Publishedseptembre 22, 2026
« Trois ans de silence, une chanson qui a vieilli avec ceux qui l’ont écrite, et cette idée simple mais vertigineuse : une fin n’efface jamais ce qui l’a précédée. Avec “The End”, PROJECT: Beyond revient depuis Bergen avec un rock alternatif DIY qui assume ses aspérités comme autant de traces de vie. »
Trois ans sans nouvelle musique, c’est long. Assez long pour qu’un morceau change de sens avant même de sortir.
« The End » accompagne PROJECT: Beyond depuis plusieurs années. Quand Johann Kjørsvik Lothe et Stefan Åsheim l’ont commencé, ils n’avaient évidemment pas encore vécu tout ce qui allait ensuite se déposer dessus : le deuil, les périodes difficiles, les changements personnels, le temps lui-même. La chanson a continué à accumuler des couches en silence.
C’est peut-être là sa vraie matière.
Le groupe norvégien, formé à Bergen en 2021, travaille selon une logique très artisanale. Écriture, production, mixage, une grande partie du visuel : beaucoup passe directement par leurs mains. Ils assument aussi ce que cela implique, notamment des limites techniques ou des rugosités qu’une production plus lisse aurait peut-être effacées.
Ce choix donne au morceau une valeur particulière.
PROJECT: Beyond considère qu’une œuvre garde toujours quelque chose des gens qui l’ont fabriquée, de leurs contraintes, de leurs relations, de l’époque traversée pendant sa création. « The End » devient presque l’exemple parfait de cette philosophie : une chanson conçue à un moment précis, puis transformée par tout ce qui s’est produit autour d’elle.
Musicalement, le groupe part d’un socle rock organique, puis le travaille avec des réflexes issus de la pop et de l’indie contemporain. Les structures aiment bifurquer. L’intensité peut changer brutalement. Le morceau conserve une ligne mélodique claire, mais évite la sensation de trajectoire toute tracée.
C’est cohérent avec son sujet.
Une fin, chez PROJECT: Beyond, ressemble rarement à un point final propre. Elle appartient à tout ce qui l’a précédée et commence déjà à modifier ce qui viendra ensuite. « The End » joue précisément avec ce paradoxe : le titre annonce la clôture alors que la chanson paraît surtout occupée par les conséquences.
Cette façon de penser traverse l’ensemble du projet.
Le nom PROJECT: Beyond contient déjà cette volonté de regarder au-delà de l’objet musical. Les chansons abordent régulièrement l’identité, le changement, le sens que l’on donne aux choses et les liens invisibles qui relient les personnes à leur environnement.
« The End » pousse cette idée dans quelque chose de beaucoup plus concret.
Quelqu’un part. Une période se termine. Une version de soi disparaît. Pourtant, tout cela continue d’agir, parfois longtemps après. Les souvenirs changent les décisions futures. Les blessures modifient la manière d’aimer. Les absences deviennent elles-mêmes une présence dans le récit.
Le groupe laisse cette réflexion circuler dans la musique plutôt que de la transformer en manifeste théorique.
C’est aussi ce qui rend son retour intéressant après trois années d’absence : PROJECT: Beyond revient avec une chanson qui porte littéralement ces années dans ses coutures.
Et certaines coutures dépassent encore.
Heureusement.
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