« De Panamá aux États-Unis, du deuil aux secondes chances, ERICKOSCAR écrit comme on remplirait un carnet après plusieurs décennies de vie : “It Sucks Getting Old” regarde ce que l’âge enlève, mais surtout ce qu’il laisse derrière lui — des visages, des kilomètres, des convictions et quelques chansons qu’on aurait tort de garder pour soi. »
À 77 ans, Joe répète souvent la même phrase : « It sucks getting old ».
Joe est le beau-père d’Erick Rivera, alias ERICKOSCAR. Il a récemment perdu sa femme d’un cancer, ainsi que plusieurs amis proches. Plutôt que de reprendre cette formule comme une simple plaisanterie sur les douleurs du temps, Rivera en a fait le point d’entrée vers une réflexion plus large sur le vieillissement, le deuil et la mémoire.
Cette gravité irrigue une écriture qui reste pourtant profondément attachée au quotidien.
Né au Panamá et installé aux États-Unis depuis plus de trois décennies, ERICKOSCAR écrit depuis longtemps accompagné de sa guitare acoustique. Il joue également depuis plus de trente-cinq ans dans le groupe de son église et estime avoir composé plus de 1 200 chansons. Son catalogue récent fait voyager cette habitude d’écriture entre country, Americana, ballade, pop et plusieurs traditions latines.
« Two Flags, One Heart » pose parfaitement cette identité biculturelle.
Le morceau met côte à côte ses racines panaméennes et sa vie américaine, sans avoir besoin de choisir laquelle devrait définir l’autre. Dans le cadre country-Americana qu’il affectionne particulièrement, ce premier titre donne une direction très concrète au disque : l’identité comme addition plutôt que comme renoncement.
« I Choose to Go On Remembering You » déplace ensuite le centre vers la mémoire.
Le titre rejoint une idée qui revient souvent chez ERICKOSCAR : continuer à vivre n’implique pas nécessairement d’effacer ce qui précède. La formulation même — « je choisis de continuer à me souvenir de toi » — possède quelque chose de volontaire. Le souvenir devient une décision, presque une manière de maintenir une présence dans la suite de l’existence.
« Because I Said So » adopte un intitulé plus sec.
Ses 3 minutes 58 arrivent comme une rupture après les deux premiers morceaux, avec cette phrase familière qui peut évoquer aussi bien l’autorité parentale qu’une conversation arrivée au bout de ses arguments. Les informations disponibles ne détaillent pas précisément son récit ; mieux vaut donc laisser à la chanson son ambiguïté plutôt que lui fabriquer une histoire qu’elle ne revendique pas.
« Borrowed Peace » prend davantage son temps avec 4 minutes 53.
C’est l’une des pièces mises en avant dans le parcours country-Americana d’ERICKOSCAR. Son titre résume déjà une sensation intéressante : une paix dont on sait qu’elle pourrait être temporaire. Dans un disque traversé par la perte, la famille et le passage du temps, cette durée plus étendue permet à l’album de ralentir franchement son pas.
« Show Me The Way » revient ensuite à une formulation presque élémentaire.
Demander une direction fait partie des motifs les plus anciens de la chanson populaire, et Rivera possède justement un rapport à la foi qui traverse plusieurs décennies de pratique musicale. Sans attribuer au morceau un sens religieux précis qui n’est pas documenté, sa présence s’inscrit naturellement dans un catalogue où orientation, espoir et persévérance reviennent régulièrement.
« My Heartbeat » occupe le milieu de l’ensemble.
Quatre minutes, un titre très direct, et une place qui maintient le disque dans sa veine sentimentale. ERICKOSCAR a grandi avec les ballades et les chansons d’amour que chantait son père ; ce goût pour l’émotion formulée simplement reste l’un des fils les plus constants de son écriture.
« One More Mile » élargit à nouveau l’horizon.
À 4 minutes 38, le morceau possède la même durée que « It Sucks Getting Old », mais son intitulé suggère une autre relation au temps : continuer encore un peu, parcourir la distance suivante. Chez un auteur dont la vie professionnelle l’a mené à travers une grande partie de l’Amérique latine, l’image du chemin appartient presque naturellement à son vocabulaire.
Puis vient « It Sucks Getting Old ».
C’est ici que le disque touche son point le plus personnel. La chanson a été écrite pour Joe et part d’une phrase que celui-ci utilise régulièrement. Mais sous son humour un peu fataliste, Rivera traite surtout la succession des absences. Vieillir signifie aussi devenir le dépositaire de personnes qui ne sont plus là.
Le morceau cherche pourtant une sortie moins sombre.
ERICKOSCAR voulait terminer sur les souvenirs créés pendant une vie, comme si l’accumulation des pertes pouvait être mise en regard de tout ce qui a réellement existé avant elles. La vieillesse reste douloureuse ; elle devient également une preuve que quelque chose a été vécu assez longtemps pour pouvoir être regretté.
« On Hold » ramène ensuite le format à 3 minutes 12.
Son emplacement après le morceau le plus explicitement consacré au vieillissement est intéressant : un titre évoquant l’attente, la suspension ou le temps arrêté vient immédiatement après une chanson qui mesure justement ce temps en années et en disparitions.
« Let Me Tell You Now » termine la séquence.
La formule correspond assez bien à toute la démarche d’ERICKOSCAR. Après des décennies à écrire, le véritable enjeu semble moins de devenir chanteur ou producteur au sens traditionnel que de faire sortir ces chansons du cercle privé pendant qu’il est encore possible de les partager.
Sa méthode de production est particulière.
Rivera écrit lui-même ses paroles et joue de la guitare acoustique, puis utilise des logiciels incluant des fonctions d’intelligence artificielle pour sélectionner les voix, ajouter certains instruments et construire les arrangements. Il assume une position d’auteur-producteur amateur, davantage intéressé par la matérialisation de ses chansons que par la revendication d’une interprétation entièrement traditionnelle.
Cette approche a déjà donné naissance à plusieurs albums en anglais et en espagnol en 2026.
Derrière l’abondance, pourtant, « It Sucks Getting Old » ramène ERICKOSCAR vers quelque chose de beaucoup plus simple : les personnes que l’on a aimées, les endroits auxquels on appartient et les phrases ordinaires qui, un jour, finissent par contenir une chanson entière.
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