« Une vallée de Kyoto, une île italienne, neuf pièces électroniques et l’idée très japonaise qu’un paysage puisse transmettre quelque chose à qui sait l’écouter : sur “EMA”, SIENNÁ compose moins un album de chansons qu’un carnet de perceptions traduit en sons. »
Le point de départ tient presque du croquis raté.
SIENNÁ raconte avoir écrit une partie de « EMA » en marchant seule dans la vallée de Kibune, à Kyoto, puis sur l’île d’Ischia. Les idées lui venaient devant les montagnes, les forêts, le ciel. Elle aurait aimé les dessiner ; elle dit simplement ne pas être assez bonne dessinatrice. Elle les a donc transformées en musique.
Cette anecdote explique beaucoup de choses sur ce septième album.
La productrice japonaise installée à Oslo parle d’« image-to-sound syntheses » : neuf traductions sonores de ce qu’elle perçoit dans le monde naturel, reliées par une réflexion plus large sur l’interconnexion. Le titre « EMA » reprend le nom des petites plaques votives utilisées dans les sanctuaires japonais pour adresser souhaits et messages au divin. Ici, le geste s’inverse presque : SIENNÁ semble recevoir les messages avant de les consigner.
« Be A Seeker, Believer » ouvre le disque avec 4 minutes 52 et sert de morceau manifeste. Le titre rassemble déjà les deux mouvements qui irriguent le projet : chercher et croire. SIENNÁ le rattache directement à la résilience et à la confiance en soi, avec cette volonté de restaurer un peu d’espoir dans un monde qu’elle décrit à la fois comme beau et triste. Plutôt qu’une introduction purement atmosphérique, le morceau installe donc une position mentale.
« Your Fact, My Fact » déplace aussitôt le regard.
Le titre introduit l’idée de perception relative : ce que l’un considère comme une vérité peut être vécu autrement par quelqu’un d’autre. Le dossier ne détaille pas davantage son écriture, mais sa place juste après « Be A Seeker, Believer » est intéressante : après l’appel à chercher, SIENNÁ pose déjà la question de ce que l’on croit avoir trouvé.
« Ema », morceau-titre, arrive en troisième position.
C’est là que le concept du disque devient le plus explicite. Dans le contexte spirituel japonais auquel l’artiste fait référence, l’ema sert de support à une demande, un remerciement, parfois un espoir confié à quelque chose de plus vaste que soi. Sur l’album, cette image devient une manière de penser la composition elle-même : la musique comme inscription, trace ou message.
« Aenaria » ouvre ensuite une autre géographie.
Aenaria est l’ancien nom associé à Ischia, l’un des lieux où SIENNÁ dit avoir développé les idées du disque. Sans informations supplémentaires sur la pièce elle-même, il serait hasardeux de lui attribuer un récit précis. Mais son inclusion donne au voyage intérieur d’« EMA » un point d’ancrage très concret : après Kyoto, l’Italie entre dans la cartographie mentale de l’album.
Puis vient « 369 (Miroku) ».
Le titre rapproche une suite numérique d’un terme japonais chargé de connotations spirituelles. Le communiqué ne fournit pas d’explication détaillée sur cette association ; mieux vaut donc conserver une part de mystère. Dans la séquence, la pièce agit comme l’un des points les plus énigmatiques du disque, presque un symbole laissé volontairement ouvert.
« Finding Inner Sanctuary » paraît beaucoup plus explicite.
Après les paysages, les vérités relatives et les signes, l’album semble se retourner vers l’intérieur. Le mot « sanctuary » suggère moins un lieu réel qu’un refuge mental. Le thème rejoint naturellement la dimension contemplative du projet et la manière dont SIENNÁ utilise solitude, marche et observation comme moteurs de composition.
« The Majestic » est la pièce la plus longue du disque, avec 6 minutes 37.
Ce seul choix de durée lui donne un poids particulier dans la seconde moitié. SIENNÁ travaille dans une électronique expérimentale nourrie de jazz, d’instrumentation classique et d’esthétiques japonaises comme le wabi-sabi ; un format plus ample lui offre donc davantage d’espace pour laisser les textures se développer sans devoir respecter la logique compacte d’un single.
« A Messenger » revient ensuite à une formulation presque narrative.
Qui transmet quoi ? À qui ? Le dossier ne tranche pas. Mais après un album présenté comme une série de messages reçus du monde naturel, le terme paraît forcément central. Cette huitième piste ressemble à une articulation discrète avant le morceau final : après avoir cherché des signes, peut-être faut-il encore identifier ce qui les porte.
« From Here to Where You Are » ferme enfin le parcours.
Le titre contient déjà une distance. Entre un « ici » et un « toi », entre un lieu de départ et un point encore éloigné. Placé en conclusion, il évite de refermer brutalement le projet : la dernière pièce semble garder le mouvement actif, comme si le chemin commencé dans les forêts de Kibune devait continuer au-delà de l’album.
Cette structure correspond bien à la manière dont SIENNÁ travaille depuis Kyoto puis Oslo.
Sa musique électronique reste volontairement difficile à enfermer dans une seule catégorie. Elle revendique une philosophie de composition « no rules », fait cohabiter électronique, éléments classiques, jazz et concepts esthétiques japonais, et cite parmi ses repères des artistes aussi différents que Ryuichi Sakamoto, Brian Eno ou Massive Attack.
« EMA » pousse surtout cette méthode vers quelque chose de très personnel : neuf pièces qui fonctionnent comme autant de plaques déposées sur le même chemin.
« EMA » paraît en septembre 2026 et confirme surtout une chose : SIENNÁ ne compose pas à partir d’un décor, mais à partir de ce qu’il provoque en elle. Les paysages de Kibune et d’Ischia deviennent des points de départ, jamais des cartes postales.
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