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Music Rock

TV Blackout fait de « Loss of Control » un disque à trajectoire variable

TV Blackout fait de « Loss of Control » un disque à trajectoire variable
  • Publishedseptembre 28, 2026

« Douze titres, une première moitié qui passe du funk au swing, une seconde qui accélère jusqu’au punk avant de s’enfoncer dans le sludge et le jazz fusion : “Loss of Control” ressemble à un album conçu par quatre musiciens qui ont préféré exploiter leurs différences plutôt que les lisser. »

La première chose que TV Blackout expose ici, c’est son amplitude.

Le quatuor d’Ypsilanti, dans le Michigan, réunit Brian Ross au chant et à la guitare, Ayman Karmi à la batterie, Phil Rinke à la basse et Gwen Katherine aux guitares. Leurs bagages divergent franchement : jazz chez Karmi, influences orchestrales autant que metal chez Rinke, indie et shoegaze du côté de Katherine. Plutôt que de réduire ces écarts à une esthétique commune, « Loss of Control » les utilise comme moteur.

L’album a d’ailleurs été constitué à partir du catalogue plus ancien de Brian Ross. Le groupe a sélectionné les chansons capables de mettre en valeur ses quatre membres, puis les a réinterprétées avec cette formation stabilisée fin 2025.

« Eyes Burn Red » ouvre parfaitement la porte.

Le morceau joue la carte d’un indie rock nerveux, immédiat, avant de laisser sa dernière partie se dissoudre dans une explosion de réverbération de guitare. C’est une entrée accessible, mais déjà révélatrice : TV Blackout aime qu’un morceau puisse finir ailleurs que là où il avait commencé.

« Fool Me » change immédiatement de démarche.

Le groove devient plus funk, le tempo redescend, l’atmosphère se trouble. L’intérêt du morceau tient justement dans cette manière de conserver une pulsation très lisible tout en laissant les textures prendre un tour plus psychédélique. Deuxième titre seulement, et l’idée d’un album monolithique est déjà abandonnée.

« Easier » donne ensuite les clés du versant jazz de TV Blackout.

Ayman Karmi peut y pousser son jeu vers un swing rapide tandis que Phil Rinke alterne basse droite pincée et jeu à l’archet. Gwen Katherine ajoute une ligne plus fantomatique qui vient s’enrouler autour de la voix principale et de la guitare. Les changements de tempo font du morceau un véritable exercice de dynamique collective plutôt qu’une simple chanson rock décorée d’accords jazz.

« My Friend » revient brutalement vers les amplis.

Brian Ross cite ici une énergie de guitare inspirée par Dinosaur Jr., et le morceau sert clairement de décharge après la sophistication rythmique d’« Easier ». Les guitares gagnent en grain, en masse, et rappellent ce que le rock alternatif des années 90 pouvait avoir de frontal sans devenir rigide.

Le funk revient avec « Too Far Gone ».

Cette fois, les percussions d’Ayman Karmi occupent davantage le premier plan, pendant que la guitare lead se permet un jeu beaucoup plus agressif. Le morceau montre bien comment TV Blackout utilise le groove : jamais comme une parenthèse légère, plutôt comme une autre façon de générer de la tension.

« On Our Way » clôt la première moitié autour d’un riff rock lourdement rythmé.

Le groupe s’amuse ici avec la signature rythmique, en déplaçant discrètement les appuis pour maintenir une sensation légèrement instable. Le morceau a la fonction parfaite d’une fin de face A : assez solide pour conclure un premier mouvement, mais suffisamment ouvert pour annoncer que le disque n’a encore rien épuisé.

La deuxième moitié démarre en courant.

« Can’t Go Home » est le titre le plus rapide de l’album, construit sur une pulsation punk en deux temps. Après les déviations funk et jazz précédentes, cette accélération nettoie presque le tableau. TV Blackout laisse tomber les détours et privilégie l’impact.

« Move On » fait exactement l’inverse.

Le son s’alourdit, ralentit, devient plus boueux. Le morceau tire vers un alt-rock sludgy où l’espace semble se réduire autour des guitares. Cette succession entre le morceau le plus rapide et l’un des plus sombres du disque illustre bien le goût du groupe pour les contrastes directs plutôt que les transitions soigneusement polies.

« Redacted » ouvre ensuite la porte du jazz fusion.

Le groupe y aborde ce qu’il décrit comme des inquiétudes liées au « techno-fascisme », formulation politique qui lui appartient. Musicalement, le choix du jazz fusion est pertinent : changements, circulation des instruments et complexité rythmique donnent au morceau un terrain plus mouvant qu’un rock de protestation traditionnel.

Puis arrive « Loss of Control ».

Le morceau-titre ne cherche pas la violence attendue derrière son nom. TV Blackout lui préfère quelque chose de plus spatial, vulnérable et rythmique. C’est l’un des moments où l’album retire une couche de muscles et laisse davantage de place à l’atmosphère. À ce stade du disque, cette retenue fonctionne presque comme un faux calme.

« Slow Burn » vient aussitôt le confirmer.

C’est le morceau le plus lourd de l’ensemble, et son titre décrit très bien sa construction : la tension s’installe progressivement avant de déboucher sur un énorme final de guitares. TV Blackout ne précipite pas la montée. Le poids vient de l’accumulation, puis de la manière dont l’outro finit par occuper presque tout le champ.

« Morning Light » choisit enfin la sortie la plus douce.

Phil Rinke y fait entendre davantage son versant orchestral, tandis que Grace Ross apporte une trompette en conclusion. Après les guitares massives de « Slow Burn », ce dernier morceau ouvre les fenêtres. Le disque termine sur une couleur moins abrasive, presque suspendue, sans pour autant devenir sentimental.

Enregistré au Rooftop Recording de Grand Blanc, dans le Michigan, « Loss of Control » a été produit, mixé et masterisé par David Roof.

Sa vraie cohérence ne vient pourtant pas d’un son unique.

Elle tient à la manière dont ces douze morceaux distribuent les compétences de chaque musicien : swing pour l’un, contrebasse ou couleurs orchestrales pour l’autre, shoegaze, funk, punk, sludge, fusion, grunge.

TV Blackout ne demande jamais à l’auditeur de choisir une seule version du groupe.

C’est précisément pour ça que l’album tient.

Pour découvrir plus de nouveautés ROCK, n’hésitez pas à suivre notre Playlist EXTRAVAROCK ci-dessous :

Written By
Extravafrench

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