« Ce moment très précis où la basse frappe assez fort pour modifier instantanément l’expression du visage, Bismodi en fait tout un titre : “BASS FACE” réunit grime, hybrid trap et dubstep avec une ambition parfaitement assumée — provoquer une réaction physique. »
À Perth, Bismodi n’a visiblement jamais vu l’intérêt de rester fidèle à une seule chapelle électronique. Ses premières productions étaient davantage tournées vers la house ; son catalogue a depuis absorbé trap, dubstep, future bass ou hardwave. « BASS FACE » ressemble presque à la conséquence logique de cette boulimie de genres : une production où le grime fournit une partie du caractère tandis que la hybrid trap pousse les basses au premier rang.
Ici, l’expression “bass face” mérite presque d’être prise au pied de la lettre. Elle désigne cette grimace involontaire familière des amateurs de bass music lorsque le son devient particulièrement lourd. Le producteur australien construit justement le morceau autour de cette recherche d’impact. L’ambiance annoncée est sombre, agressive et très énergique, sans tentative de rendre l’ensemble plus sage qu’il ne doit l’être.
Le grime apporte au titre une rugosité intéressante. « BASS FACE » comporte des paroles en anglais, ce qui permet à la voix de participer pleinement à l’identité du morceau plutôt que de servir uniquement d’échantillon décoratif. Autour, le format hybrid trap autorise une approche plus massive de la production, tandis que le dubstep reste une référence naturelle dès qu’il s’agit de travailler les fréquences basses et le poids du son.
Le résultat s’inscrit bien dans la trajectoire récente de Bismodi. Dès 2021, une série de sorties régulières lui permettait de dépasser ses précédents résultats en streaming, tandis que « Fighting » obtenait sa première diffusion sur Triple J. Plus intéressant encore que ces étapes : sa volonté affichée de continuer à explorer de nouveaux genres et d’en malmener les règles. « BASS FACE » répond exactement à cette envie. Le morceau ne traite pas grime, trap et dubstep comme trois étiquettes à afficher côte à côte ; il les utilise comme différentes sources d’intensité.
Cette liberté explique aussi pourquoi son passage initial par la house n’a rien d’un ancien chapitre qu’il faudrait oublier. Elle lui a donné un rapport à l’efficacité électronique qu’il déplace désormais vers des productions autrement plus abrasives. Chez Bismodi, changer de genre revient moins à repartir de zéro qu’à modifier la quantité de pression injectée dans la machine.
« BASS FACE » n’a donc pas besoin d’une intrigue très compliquée. Son test de réussite est beaucoup plus immédiat et presque comique : si, au moment où les basses arrivent, le visage reste parfaitement impassible, il faudra peut-être simplement monter le volume.
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