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CIFIKA ensorcelle « HEX »

CIFIKA ensorcelle « HEX »
  • Publishedoctobre 21, 2026

« Trente voix enfermées dans une seule gorge, un piano qui tourne comme une idée impossible à chasser et trois minutes trente de tension sans vraie délivrance : sur “HEX”, CIFIKA ne raconte pas seulement un trouble intérieur, elle le fait proliférer jusqu’à ce que la chanson ressemble à une foule habitant le même corps. »

Le morceau tient d’abord à cette étrange sensation d’accumulation. CIFIKA empile sa propre voix encore et encore jusqu’à fabriquer un chœur entier à partir d’une seule interprète. L’effet n’a rien d’un simple tour de production. Il dit quelque chose de très précis sur Old Fantasy, l’EP dont « HEX » constitue le point de focalisation : après dix années passées à construire des mondes avec d’autres producteurs, elle a voulu savoir ce qu’il restait lorsque toutes les décisions revenaient enfin à elle.

Pour la première fois, CIFIKA produit l’intégralité du projet seule. Cette donnée change profondément la lecture de « HEX ». Le piano en boucle, la basse synthétique, les cordes et ces strates vocales n’ont pas été assemblés pour rechercher une signature extérieure ou une finition attendue. Ils constituent littéralement son esthétique débarrassée de l’interférence des autres. Elle parle d’ailleurs de « trente personnes chantant à travers une seule personne », image assez juste pour décrire cette manière de multiplier son identité plutôt que de la simplifier.

La construction elle-même refuse la satisfaction facile. « HEX » monte, épaissit son architecture, entretient l’attente pendant environ trois minutes trente, puis s’interrompt brutalement au lieu d’offrir la résolution que l’oreille commence à réclamer. Ce choix donne au morceau quelque chose d’obsessionnel. La boucle ne mène pas vers une grande libération ; elle enferme progressivement l’auditeur dans son propre mouvement.

Cette façon de travailler la voix remonte loin chez CIFIKA. Elle chante depuis l’enfance, notamment à travers son expérience du chœur, et a progressivement transformé cette pratique en méthode de production. Là où beaucoup utilisent les harmonies comme arrière-plan, elle peut en faire la structure même du morceau. Sur « HEX », la voix cesse presque d’être un personnage individuel pour devenir texture, masse, apparition.

Old Fantasy marque ainsi une sorte de second départ. Le disque revisite directement des expériences personnelles, des souvenirs d’enfance, des amitiés brisées, des cauchemars ou des épisodes politiques vécus, avec beaucoup moins de métaphores qu’auparavant. « Who » naît par exemple du choc ressenti lors de la proclamation de la loi martiale en Corée du Sud à l’hiver 2024, tandis que « Mine » retourne vers un premier amour d’enfance et « Passing a gossip » vers une amitié détruite par la rumeur.

« HEX » se situe au cœur de cette nouvelle franchise sans avoir besoin d’un récit linéaire. Il résume plutôt une méthode : prendre une émotion, la répéter, la tordre, la laisser envahir tout le champ sonore jusqu’à ce qu’elle devienne presque architecturale.

CIFIKA entre ainsi dans sa deuxième décennie avec un geste paradoxalement plus intime et plus vaste. Plus intime parce qu’elle produit enfin seule. Plus vaste parce qu’en se démultipliant vocalement, elle donne l’impression de devenir plusieurs. « HEX » n’ouvre pas une porte vers une réponse ; il laisse simplement le sort agir jusqu’au dernier instant, puis coupe net.

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Extravafrench

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