« Une guitare noyée de reverb, une voix volontairement cabossée et cette question que l’on connaît trop bien : faut-il vraiment essayer encore une fois, ou accepter que certaines histoires ont déjà donné tout ce qu’elles pouvaient ? RIOT SON construit “Another Chance” exactement dans cet entre-deux. »
À Boone, au cœur des Appalaches, RIOT SON écrit depuis une petite ville entourée de montagnes tout en rêvant constamment d’ailleurs. Ce contraste nourrit directement son univers, qu’il appelle lui-même « Appalachian gloom » : un rock alternatif romantique, nerveux, légèrement sombre, où l’isolement du décor rencontre l’envie de mouvement. « Another Chance » en est probablement l’une des expressions les plus nettes jusqu’ici.
Le morceau ouvre surtout un nouveau cycle. Il s’agit du premier extrait d’un EP de quatre titres réalisé avec le producteur allemand Manget$u, collaborateur régulier d’Ekkstacy. Cette rencontre replace RIOT SON dans un territoire où alternative rock, emo contemporain et garage se répondent sans chercher à entrer proprement dans une seule case. The Strokes, Arctic Monkeys, The Drums, Royel Otis ou Surf Curse comptent parmi les références revendiquées, avec ce même goût pour les mélodies immédiates qui gardent malgré tout un peu de rugosité.
« Another Chance » fonctionne justement sur cette friction. Le refrain pousse vers quelque chose de plus cathartique, presque rageur, tandis que le bridge se replie sur une vulnérabilité beaucoup plus nette. Le texte met en scène le moment où l’on hésite encore à sauver une relation dont on sait pourtant qu’elle pourrait être arrivée au bout. Le cœur veut rejouer la scène ; la tête commence à comprendre que l’histoire tourne en rond.
RIOT SON a choisi de faire entendre ce conflit jusque dans l’enregistrement. Les voix ont été captées avec deux micros volontairement très différents : un AKG C214 pour la clarté, puis un ancien Shure pour une texture plus rugueuse et lo-fi. Certaines couches vocales sont distordues, d’autres restent plus propres, donnant parfois l’impression de plusieurs pensées qui se contredisent au même instant. L’idée n’est pas de lisser les différences, mais de les transformer en langage.
Le décor imaginaire du morceau est tout aussi révélateur. RIOT SON évoque les routes de fin d’été sur la Blue Ridge Parkway, l’énergie de la culture skate, puis les paysages côtiers des Outer Banks. Ce mélange finit par contaminer le son lui-même : reverb héritée du surf rock des années 60, grain du garage-rock des années 2000, nervosité indie plus actuelle. Deux Caroline du Nord semblent presque se superposer — celle des montagnes et celle de l’océan.
Cette dualité colle parfaitement au sujet. « Another Chance » n’est jamais complètement résigné, jamais totalement convaincu qu’il faut revenir non plus. Le morceau garde les deux possibilités vivantes assez longtemps pour que l’hésitation devienne son véritable moteur.
RIOT SON aurait pu polir cette contradiction jusqu’à la rendre jolie. Il fait exactement l’inverse : il laisse les aspérités dans les guitares, dans les voix, dans la narration. Et c’est là que cette fameuse « Appalachian gloom » commence à prendre une forme beaucoup plus précise qu’une simple étiquette.
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