« “Mighty Man” ressemble à un vieux moteur qu’on aurait recâblé pour 2026 : du blues dans les fondations, du rock dans les épaules, un groove qui regarde vers le funk des années 70 et assez d’énergie électronique pour rappeler que Brian Asha vient aussi du club. »
Le morceau a une longue histoire. Brian Asha l’écrit d’abord comme un clin d’œil à « Hoochie Coochie Man » de Muddy Waters et « I’m a Man » de Bo Diddley, puis enregistre une première version en 2013 avec une orientation beaucoup plus hard electro. Des années plus tard, l’arrivée de Jack De Keyzer change complètement sa trajectoire. Le guitariste canadien, double lauréat aux Juno Awards, renvoie six pistes de guitare et donne au morceau une carrure beaucoup plus blues-rock.
Ce changement de centre de gravité s’entend immédiatement. Les guitares de De Keyzer ne servent pas à décorer un beat existant ; elles redessinent le morceau. Le crunch est large, les impacts évoquent par moments l’efficacité massive d’AC/DC et la basse emprunte son idée de propulsion au funk britannique de Hot Chocolate. Brian Asha et son collaborateur de longue date Karl Mohr découpent ensuite ces prises live avec des techniques héritées du DJing, créant un hybride qui garde le grain humain du rock sans renoncer à la logique de montage de la musique électronique.
Cette collision est probablement ce que « Mighty Man » réussit le mieux. Le morceau ne choisit pas entre classic rock, glam, blues, soul et dance. Il laisse les époques se cogner entre elles. Les chœurs d’Aria Zenua et Erin Reece ajoutent encore une dimension plus collective, presque soul, qui empêche la testostérone affichée du titre de devenir monolithique.
Le projet prend une autre forme avec l’EP de cinq versions qui accompagne le single. Philip Larsen, producteur et remixeur britannique passé par Kylie Minogue, Soft Cell, Erasure ou Moby, intervient sur plusieurs déclinaisons. Son arrivée est assez improbable : il découvre une version de « Mighty Man » sur YouTube et contacte directement Asha. À l’autre extrémité du spectre, Jack De Keyzer vient d’une relation plus ancienne, amorcée des décennies plus tôt lorsque Brian Asha l’interviewait pour son émission rockabilly sur CIUT.
Cette rencontre de générations raconte finalement bien le morceau. Asha vient de la scène alternative de Toronto des années 80, du monde rave et cyberpunk des années 90, puis de la production numérique. De Keyzer porte avec lui plusieurs décennies de blues et de rock. Larsen arrive du remix et de la pop électronique. Au lieu de lisser ces différences, « Mighty Man » les laisse visibles.
Le titre sert aussi d’hymne à Mighty IRL, initiative fondée par Asha en 2026 autour de la santé mentale et d’une vision positive de la masculinité. Son message vise particulièrement les jeunes hommes enfermés dans les écrans, les boucles algorithmiques et ce qu’Asha décrit comme un piège dopaminergique. L’idée est volontairement simple : reprendre contact avec l’expérience réelle, l’aventure, l’activité et les relations hors écran.
Le discours pourrait facilement devenir pesant ; la musique l’en empêche. « Mighty Man » préfère le riff, le sourire et l’excès au sermon. Sa vision de la masculinité se veut ludique, énergique, fière sans chercher la posture martiale. Et le meilleur argument reste finalement sonore : une guitare qui mord, une basse qui pousse et un morceau qui donne davantage envie de sortir de chez soi que de continuer à faire défiler un écran.
Pour découvrir plus de nouveautés ROCK, n’hésitez pas à suivre notre Playlist EXTRAVAROCK ci-dessous :
