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Marek De Vann joue avec les clichés sur « Stereotyping »

Marek De Vann joue avec les clichés sur « Stereotyping »
  • Publishedoctobre 23, 2026

« Une sirène de police, un Clavinet nerveux, quelques claques de congas, une basse funk qui rampe et des voix féminines sans paroles : “Stereotyping” connaît parfaitement les codes du polar italien des années 70, au point de pouvoir s’en amuser. Marek De Vann et Paolo Apollo Negri les démontent, les déplacent et les recollent dans dix morceaux où le Moog rencontre le jazz-funk et l’électronique contemporaine. »

Marco Sarracino, alias Marek De Vann, ne cherche pas à fabriquer une reconstitution vintage sous cloche. Son nouvel album part plutôt d’une fascination ancienne pour les bandes originales de poliziottesco, nourrie dès l’adolescence par la compilation Beretta 70, puis l’utilise comme terrain de jeu. Stelvio Cipriani, Franco Micalizzi, Goblin ou Bixio-Frizzi-Tempera appartiennent à la généalogie du disque, tout comme Herbie Hancock, les JB’s et les génériques de séries policières américaines des années 70 et 80. Mais l’objectif reste clairement de produire quelque chose d’actuel.

« When a Plan Comes Together » donne immédiatement le ton. Maddalena Conni apporte des vocalises sans paroles qui ressemblent autant à un élément mélodique qu’à un signe cinématographique immédiatement reconnaissable. Autour, le groove reste tendu, presque nerveux, avec cette sensation qu’une poursuite pourrait démarrer à n’importe quel moment. Le morceau installe très vite le principe de l’album : utiliser le cliché avec suffisamment de précision pour qu’il devienne une signature plutôt qu’une facilité.

« Fourteen Trains » joue davantage sur le mouvement. Le titre suggère déjà la répétition, le transit, les trajectoires qui se croisent. Les machines et les claviers donnent l’impression d’une mécanique qui avance sans interruption, tandis que le vocabulaire funk conserve une souplesse qui empêche le morceau de devenir trop rigide. C’est moins une course-poursuite qu’un travelling urbain lancé à pleine vitesse.

« Gioco Sporco » — littéralement le « jeu sale » — plonge plus profondément dans l’imaginaire criminel. La musique prend une couleur plus trouble, presque conspiratrice, comme si l’on passait du bitume aux arrière-salles où les décisions se prennent à voix basse. Paolo Apollo Negri y apporte cette capacité à faire du clavier un véritable personnage, tour à tour élégant, menaçant ou volontairement excessif.

« Via Po Explosion » abandonne toute discrétion. Le titre annonce l’explosion et le morceau assume cette dimension plus physique. La rythmique se fait plus brutale, les synthés plus saillants, avec cette manière très cinématographique de transformer quelques mesures en scène d’action imaginaire. Rien n’est réellement montré, pourtant le cerveau complète presque automatiquement les images.

« True Crime Love » apporte une étrange dose de romantisme au milieu de cette galerie de policiers, de fugitifs et d’armes. Le rapprochement entre « true crime » et « love » pourrait sembler volontairement kitsch, et c’est justement là que le morceau devient intéressant. Marek De Vann sait que ce cinéma-là n’était jamais très loin de la séduction, des figures glamour et des romances mal placées. Le titre joue donc avec cette sensualité un peu dangereuse plutôt que de la cacher.

« Il Fuggiasco » constitue l’un des points d’origine du projet. Déjà paru auparavant avec Paolo Apollo Negri, le morceau a servi de déclencheur à l’album entier. Son personnage du fugitif concentre tout un pan de l’imaginaire poliziottesco : urgence, déplacement, menace permanente et impossibilité de rester longtemps au même endroit. Le format court renforce cette impression de séquence saisie en plein mouvement.

« Downtown Drift » change légèrement de décor et introduit la trompette de Gianni Satta. Le centre-ville devient ici un espace nocturne, plus jazzy, traversé avec une certaine nonchalance. Le mot « drift » convient parfaitement : au lieu de foncer vers une destination précise, le morceau dérive, observe les enseignes, les voitures et les trottoirs comme une caméra qui aurait décidé de prolonger la nuit.

« A Mano Armata » remet immédiatement la menace au premier plan. Le titre, qui évoque l’action « à main armée », appelle naturellement une musique plus tendue. Moog, basse et batterie électronique construisent une tension qui ne dépend pas d’un orchestre symphonique ou d’effets spectaculaires. Tout se joue dans le groove, dans l’attente et dans cette façon de faire sentir le danger avant même qu’il ne se manifeste.

« Ghetto Funk », avec Dario Cabisto à la guitare, assume beaucoup plus frontalement la filiation funk. Ici, la basse cesse presque de servir le décor pour prendre le pouvoir. Le morceau montre aussi combien l’expérience de Marek De Vann comme bassiste depuis plus de vingt-cinq ans reste importante dans son écriture électronique : même entouré de machines, il pense toujours la musique en termes de pulsation physique.

« Nucleo Antirapina » referme enfin l’album avec son unique reprise, composée à l’origine par Bixio, Frizzi et Tempera. Le choix est logique : après neuf compositions originales jouant avec les stéréotypes du genre, Marek De Vann revient directement à l’une de ses sources. La reprise agit moins comme un hommage final que comme une manière de montrer le fil reliant les œuvres anciennes aux nouvelles expérimentations.

La personnalité de Stereotyping tient beaucoup au dialogue entre Marek De Vann et Paolo Apollo Negri. Le premier assure notamment Moog, boîtes à rythmes et basse, tandis que Negri fait circuler Hammond, Rhodes, Clavinet, Mellotron et différents orgues dans les arrangements. Federico Rivoli, Andrea Cravedi, Gianni Satta, Dario Cabisto et Maddalena Conni complètent ponctuellement cette palette.

Dix-huit mois de travail en home studio ont permis d’affiner cette rencontre entre instruments organiques et électronique. Le disque peut évoquer une bobine poussiéreuse retrouvée dans les archives d’un studio italien, puis quelques secondes plus tard rappeler qu’il a été pensé avec les outils et les réflexes de production d’aujourd’hui.

Le titre Stereotyping est finalement moins une confession qu’une méthode. Marek De Vann sait exactement quelles sirènes, quelles basses et quels claviers nous font penser à une poursuite policière des années 70. Son plaisir consiste à les placer au bon endroit, puis à regarder jusqu’où ils peuvent encore nous emmener.

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Written By
Extravafrench

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