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Mogipbob peuple « Anything but Me » de drôles de survivants

Mogipbob peuple « Anything but Me » de drôles de survivants
  • Publishedoctobre 23, 2026

« Un vampire arbitre, des puces mythologiques, un marshal impartial et quelques vieux réflexes impossibles à larguer : “Anything but Me” ressemble parfois à un album peuplé de personnages sortis d’un western légèrement de travers. Derrière l’humour, Mogipbob observe pourtant quelque chose de très concret : la manière dont on avance avec ce qu’on est, ce qu’on était et tout ce qu’on préférerait parfois ne pas avoir à regarder en face. »

Basé à Hythe, dans le nord de l’Alberta, Mogipbob construit son troisième album autour de seize compositions originales où country-soul, folk-rock, blues, funk, Americana et soul rétro se croisent sans chercher l’uniformité. Le fil rouge se trouve moins dans un style précis que dans l’écriture : personnages ordinaires ou improbables, situations légèrement absurdes, autodérision et moments de recul plus intime.

« Set-Back Out Back » ouvre le disque sur une formule qui semble déjà contenir tout l’esprit de Mogipbob. L’idée du revers, de ce qui recule ou déraille, est immédiatement placée dans un décor presque rural. Le morceau installe cette manière de raconter les difficultés sans leur donner systématiquement une gravité monumentale : parfois, la meilleure façon d’encaisser un coup reste encore de lui trouver un bon titre.

« Hell’s Bell Bottoms » pousse nettement plus loin le goût du décalage. L’association entre l’enfer et le pantalon pattes d’éléphant fait surgir une esthétique rétro qui correspond bien aux couleurs seventies revendiquées par l’artiste. La chanson semble jouer avec cette imagerie vintage sans se contenter d’en reproduire les codes, en laissant le burlesque contaminer le blues, le rock et la soul.

« Walking Bass » annonce presque son principe musical dans son nom. Mogipbob affectionne les lignes de basse chaleureuses, le funk léger et les arrangements qui peuvent donner aux histoires les plus ordinaires une véritable démarche. Ici, la notion de mouvement devient essentielle : avancer, parfois sans héroïsme, simplement parce qu’il faut bien continuer à marcher.

« As Is Where Is » emprunte son vocabulaire à l’idée de quelque chose accepté dans son état actuel, sans garantie ni embellissement. Dans l’univers de Mogipbob, cette formule prend facilement une dimension humaine. Les personnages ne sont pas remis à neuf avant d’être montrés ; ils arrivent avec leurs défauts, leurs marques et leurs contradictions. Le morceau semble justement célébrer cette imperfection plutôt que chercher à la corriger.

« Some Things Never Change » bascule vers une réflexion plus mélancolique. Certaines habitudes résistent aux années, certains caractères aussi, et l’expérience ne transforme pas toujours les êtres autant qu’on l’espérait. Mogipbob laisse ici la nostalgie s’installer sans lui donner tout l’espace, comme s’il constatait simplement que le temps sait modifier beaucoup de choses tout en laissant quelques vieilles mécaniques parfaitement intactes.

« Modern Person Ancient Solutions » condense à lui seul une bonne partie de son humour. Personnage contemporain, problème actuel, réponse sortie d’un autre âge : le contraste ouvre la porte à une satire légère de notre capacité à multiplier les outils nouveaux tout en continuant à régler nos affaires avec les mêmes vieux instincts. Le titre sonne presque comme un slogan maladroit, et c’est précisément ce qui le rend efficace.

« Solid as Metal » abandonne un instant l’ambiguïté pour revendiquer quelque chose de plus robuste. La solidité devient ici une qualité presque physique, mais chez Mogipbob elle n’exclut pas les fissures. Être solide ne signifie pas forcément être invulnérable ; cela peut simplement vouloir dire continuer à tenir malgré l’usure.

« First Degree Second Decree » repose sur un jeu de formulation plus énigmatique. Le vocabulaire juridique ou administratif donne au morceau une couleur sèche, presque officielle, que Mogipbob peut détourner vers quelque chose de beaucoup moins sérieux. L’écriture aime justement ces expressions dont le poids apparent contraste avec les personnages très humains qui se trouvent derrière.

« The Fleas of Hercules » représente l’un des titres les plus franchement absurdes du disque. Imaginer les puces d’Hercule suffit déjà à réduire le héros mythologique à une condition beaucoup plus terre-à-terre. C’est une mécanique typique de Mogipbob : prendre quelque chose de grandiose, lui retirer sa statue et rappeler que même les figures les plus impressionnantes peuvent finir avec des problèmes minuscules et ridicules.

« Impartial Marshal » renoue davantage avec l’imaginaire western. Le marshal censé rester neutre devient un personnage parfait pour un auteur attiré par les contradictions morales du quotidien. Derrière le décor, la question paraît assez simple : peut-on réellement rester impartial dès que des êtres humains, leurs histoires et leurs loyautés entrent dans l’équation ?

« Sunday Drive » ralentit naturellement le tempo du récit. La promenade dominicale évoque une autre conception du temps, celle où le trajet compte davantage que l’arrivée. Dans un album rempli de personnages, de complications et de petites catastrophes, ce morceau agit comme une respiration et renoue avec l’aspect easy listening qui traverse une partie du travail de Mogipbob.

« Livery Delivery » joue une nouvelle fois avec les mots avant même que la musique n’entre en jeu. L’expression possède quelque chose de presque mécanique, comme un service improbable sorti d’une petite ville où tout le monde connaît tout le monde. Ce genre de détail donne au disque sa personnalité : Mogipbob semble constamment chercher les histoires cachées derrière des métiers, des habitudes ou des expressions suffisamment banales pour que personne ne les remarque plus.

« Umpire Vampire » pousse cette logique jusqu’au cartoon. Un vampire arbitre pourrait facilement n’être qu’une plaisanterie, mais l’intérêt réside justement dans la collision des deux figures : l’une censée faire respecter les règles, l’autre traditionnellement associée à la prédation nocturne. L’humour permet alors de jouer avec l’autorité, la mauvaise foi ou les décisions contestables sans avoir besoin de transformer le morceau en leçon.

« The Old Me Was the Young Me » marque un net déplacement vers l’introspection. Derrière la formulation presque tautologique se cache une évidence que l’on oublie facilement : la personne que l’on juge aujourd’hui avec sévérité était simplement une version plus jeune de soi, équipée de moins d’expérience et d’autres priorités. Le morceau rejoint directement la dimension réflexive de l’album et son intérêt pour la manière dont on relit son propre parcours.

« Its the Little Things That Matter Most » poursuit cette réflexion sur un terrain plus tendre. Après les personnages extravagants et les titres volontiers comiques, Mogipbob revient à quelque chose de très simple : les détails banals, les habitudes et les petits gestes finissent souvent par occuper davantage de place dans la mémoire que les grands événements. La chaleur folk et soul qui traverse son univers trouve ici un terrain particulièrement naturel.

« Anything but Me » referme enfin le disque en lui donnant son véritable centre de gravité. Après avoir regardé des personnages, des mythes, des figures d’autorité, des souvenirs et des bizarreries diverses, le titre ramène brutalement le regard vers soi. Préférer n’importe quoi plutôt que soi-même peut se lire comme une boutade, mais aussi comme une formule beaucoup plus inconfortable sur l’évitement, l’autocritique ou le désir de devenir quelqu’un d’autre.

Cette alternance entre humour et sincérité constitue le moteur principal de l’album. Mogipbob ne traite jamais la plaisanterie comme une manière d’annuler les émotions. Elle sert plutôt à les rendre supportables, parfois même à les montrer plus clairement. Les personnages amusants et les situations absurdes finissent souvent par révéler quelque chose de beaucoup plus ordinaire sur le doute, la persévérance ou le vieillissement.

La fabrication du disque suit une méthode hybride assumée. Mogipbob écrit lui-même les concepts, les paroles, les structures et la direction artistique, tandis que l’intelligence artificielle intervient comme outil de production pour certaines performances et certains arrangements. Les rendus sont retravaillés, comparés et orientés à travers des choix répétés d’instruments et d’interprétations, l’écriture restant le point de départ du projet.

Avec ses seize morceaux, Anything but Me ressemble finalement à une petite communauté parallèle : certains personnages sont solides, d’autres ridicules, quelques-uns simplement fatigués. Mogipbob les regarde tous avec la même indulgence légèrement moqueuse. Et quand il ne reste plus personne à observer, le dernier titre fait ce que les meilleurs albums savent parfois faire : retourner le miroir.

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Written By
Extravafrench

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