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Star.One recolle les générations sur « Elements 2 // »

Star.One recolle les générations sur « Elements 2 // »
  • Publishedoctobre 23, 2026

« Douze ans après leur première mixtape Elements, Star.One revient là où tout a commencé : les frictions entre UK garage, grime, jungle, house et bass music. “Elements 2 //” ne cherche pourtant pas à rejouer 2014. Le duo préfère mesurer ce que ces genres sont devenus, et surtout ce qu’ils racontent lorsqu’on fait dialoguer les pionniers avec ceux qui en écrivent aujourd’hui la suite. »

Formé par deux frères, Star.One a toujours travaillé dans les interstices de la scène britannique. Leurs DJ sets ont longtemps fait cohabiter des musiques souvent rangées dans des cases différentes, mais issues d’un même ADN club. Elements 2 // condense cette vision en treize morceaux enregistrés sur deux ans, entourés de collaborateurs croisés pendant plus d’une décennie de musique.

« Right About Now (Intro) // » ne sert pas seulement de sas d’entrée. Le titre replace immédiatement le projet dans le présent. Après douze années de trajectoire depuis la première mixtape, Star.One ne revient pas en arrière pour célébrer une époque disparue : il réintroduit ses fondamentaux depuis le point exact où le duo se trouve aujourd’hui. L’introduction agit comme une remise à zéro avant que les différentes branches de leur univers ne commencent à se croiser.

« Came To Dance // » enlève rapidement toute ambiguïté sur la destination. La basse pousse le morceau vers ce moment collectif où les bras se lèvent et où la réflexion s’efface devant l’impact physique du son. L’euphorie y est frontale, presque élémentaire, comme un rappel de la raison première pour laquelle une grande partie de cette musique a été créée : remplir une pièce et faire bouger ceux qui s’y trouvent.

« See Me Cry // », avec Shayan, infléchit cette énergie. Le titre introduit une vulnérabilité absente de l’élan précédent et rappelle que la musique de club britannique a toujours su glisser des émotions beaucoup plus fragiles sous ses rythmiques. Star.One ne sépare pas totalement l’intime de la piste de danse ; l’un peut parfaitement apparaître au milieu de l’autre.

« Hold Me Tight // » poursuit ce rapprochement entre énergie club et proximité émotionnelle. Son intitulé resserre le cadre, presque physiquement. Après la déclaration collective de « Came To Dance // », le projet se déplace vers quelque chose de plus rapproché, où le besoin de connexion devient aussi important que l’impulsion rythmique.

« Rewind // » porte peut-être le geste générationnel du projet de la manière la plus évidente. Scrufizzer, figure grime rompue à l’exercice du MCing, rencontre Robustt, producteur australien associé à une nouvelle vague UKG. Le morceau ne traite donc pas le « rewind » comme une simple nostalgie : il prend au sérieux ce réflexe fondateur de la culture rave britannique tout en montrant que le vocabulaire continue de circuler bien au-delà de son lieu et de son époque d’origine.

« MasterBlaster 2025 » pousse cette idée encore plus loin en réunissant DJ Luck & MC Neat, Jme et SWN. Le titre possède déjà une mémoire dans la scène garage, et cette nouvelle incarnation le confronte à plusieurs générations et manières d’aborder le micro. Star.One utilise ici la collaboration comme une passerelle plutôt que comme un empilement de noms : l’old school et la nouvelle vague partagent réellement le même morceau.

« Can I // » réalise un autre rapprochement particulièrement parlant avec Jords et Ashley Walters, alias Asher D. Ce dernier, rarement présent au micro aujourd’hui, ramène forcément avec lui une partie de l’histoire du garage et du rap britannique. Jords apporte quant à lui une écriture plus contemporaine et introspective. Le UKG devient leur terrain commun, suffisamment souple pour accueillir une forme de rap beaucoup plus personnelle sans perdre son mouvement.

« Ibiza Haze // » élargit soudain le paysage. Son titre convoque une autre mythologie de la musique électronique : nuits interminables, chaleur, clubs et souvenirs dont les contours deviennent flous au petit matin. Star.One ne réduit pas son identité à Londres et à ses sous-genres ; le duo rappelle aussi comment ces musiques ont toujours circulé entre les villes, les vacances, les raves et différentes cultures de club.

« It’s Alright // » apporte une respiration bienvenue dans cette progression. Son intitulé semble presque rassurant après les croisements plus nerveux précédents. La mixtape montre ici qu’elle n’a pas besoin d’être constamment dans la démonstration de force : le groove peut aussi s’installer, laisser davantage d’air et faire durer la sensation.

« Over You // », avec Young Athena et Jay Wilcox, revient vers le territoire sentimental. Le titre suggère le moment où une rupture cesse enfin d’occuper tout l’espace, mais cette libération reste suffisamment liée à la piste de danse pour ne pas devenir une ballade traditionnelle. Star.One retrouve ainsi l’une des grandes qualités du garage : donner à la mélancolie assez de rythme pour qu’elle puisse continuer d’avancer.

« kryptonite », partagé avec Denon Reed, convoque l’image très claire d’une faiblesse impossible à dissimuler. Au milieu d’un projet souvent axé sur l’assurance, les basses et le mouvement, cette idée de point vulnérable ajoute une nuance intéressante. Même les personnages les plus solides finissent par rencontrer quelque chose — ou quelqu’un — capable de déséquilibrer l’ensemble.

« Too Many » constitue l’un des croisements les plus audacieux du disque. M1llionz, nineteen97 et SHELLS viennent poser des flows liés au rap et à la drill sur une fondation nourrie par la jungle. Les deux mondes ont en commun une même urgence, mais pas nécessairement les mêmes codes rythmiques. Star.One les rapproche sans chercher à lisser leurs différences, créant justement son impact dans ce frottement.

« Underwater » clôt enfin la mixtape avec JACK MARLOW dans un registre plus soulful, posé sur une architecture two-step. Après l’accumulation des genres, des générations et des invités, le morceau terminal ralentit la perception. Son titre évoque quelque chose de plus enveloppant, presque suspendu, comme si la dernière étape consistait à laisser retomber progressivement toute l’énergie accumulée.

Cette succession montre pourquoi Elements 2 // dépasse la simple compilation de collaborations. L’ordre des morceaux raconte une circulation constante : euphorie, fragilité, mémoire, nouveaux visages, rap, garage, jungle, soul. DJ Luck & MC Neat peuvent se retrouver à quelques pistes de M1llionz ou Robustt parce que, pour Star.One, ces scènes n’ont jamais réellement vécu dans des univers séparés.

Le premier Elements racontait déjà ce goût du mélange en 2014. Douze ans plus tard, sa suite révèle surtout combien le paysage a bougé autour des deux frères. Les références historiques sont encore présentes, mais elles ne sont pas conservées derrière une vitre. Elles continuent de passer de main en main, de changer de BPM, de rencontrer de nouvelles voix et de revenir, parfois méconnaissables, dans le morceau suivant.

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Written By
Extravafrench

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