« Avant le paradis, il y a l’enfer. Avant l’apaisement, il y a la révolte, la peur et cette impression que le monde avance vers quelque chose de mauvais. “A Fairytale – Chapter One” capture précisément ce point de départ : le premier chapitre d’un récit imaginé au milieu des années 1990 et repris, trente et un ans plus tard, comme la première étape d’un voyage qui doit mener de l’obscurité vers la lumière. »
Tivoli Boy est aujourd’hui le nom sous lequel s’exprime l’ancien frontman de Mental Illness, groupe lycéen actif dans la Norvège des années 1990. Le projet naît dans le sillage du black metal norvégien alors en pleine explosion, avec une énergie volontairement agressive, provocatrice et presque satanique. Mais cette posture évolue rapidement. La découverte de Minas Tirith, groupe norvégien de death/prog rock, déplace la réflexion vers des questions beaucoup plus conceptuelles : fin du monde, enfer, paradis, destinée humaine.
A Fairytale – Chapter One appartient à cette première période. Sorti initialement dans les années 1990 puis réintroduit en 2026 comme premier volet d’une narration plus large, le disque correspond à la phase « hell » du projet. L’idée est simple dans sa structure mais vertigineuse dans sa portée : raconter, sur plusieurs chapitres, un mouvement allant de l’enfer vers le paradis.
« Terminal 10 » ouvre ce premier chapitre avec une sensation de destination déjà fixée. Le titre évoque un lieu de passage, une zone d’attente, peut-être même un point de non-retour. Dans le contexte du projet, il fonctionne comme une porte d’entrée vers un univers où la catastrophe n’est pas seulement politique ou religieuse, mais existentielle.
« Welcome to Hell » rend cette direction explicite. La chanson s’inscrit directement dans l’imaginaire initial du groupe, celui d’un monde abandonné, condamné à dériver vers l’enfer. La présence, à la toute fin, d’un fragment hérité d’un ancien membre du groupe devenu chrétien ajoute une étrangeté presque documentaire au morceau. Deux visions opposées du monde semblent brièvement cohabiter dans le même titre.
« Solution Is Near » introduit une première fissure dans cette noirceur. Le titre suggère qu’une issue existe peut-être, mais elle reste suffisamment vague pour ne pas basculer dans l’optimisme. La solution est « proche », pas encore atteinte. Dans l’économie narrative de l’EP, cette proximité maintient la tension : quelque chose pourrait changer, mais rien ne garantit encore la direction que prendra ce changement.
« The Sorcerer » déplace ensuite le récit vers une figure plus symbolique. Le sorcier devient une présence chargée d’ambiguïté, à la frontière entre savoir, pouvoir et mystère. Dans un projet qui s’éloigne déjà du simple imaginaire metal pour tendre vers une réflexion philosophique plus large, ce personnage semble incarner cette zone où l’explication rationnelle et la croyance cessent de s’opposer complètement.
« We Are the Youth » replace soudain le récit à hauteur humaine. Après l’enfer, les scénarios de fin du monde et les figures symboliques, le morceau rappelle que cette histoire est aussi celle d’une génération jeune, confrontée à une vision sombre de l’avenir. Le titre porte une dimension presque manifeste : nous sommes la jeunesse, donc ceux qui héritent du monde tel qu’il est, mais aussi ceux qui peuvent encore en changer la trajectoire.
« Darkbell – The Signal to Go » referme l’EP comme un signal de départ paradoxal. Tout au long du chapitre, le disque semblait déjà plongé dans une sorte de fin du monde, mais ce dernier morceau suggère que le véritable mouvement ne fait que commencer. La cloche sombre n’annonce pas seulement la catastrophe ; elle invite aussi à avancer vers le chapitre suivant.
Ce qui rend A Fairytale – Chapter One particulièrement singulier aujourd’hui tient à sa position dans une œuvre étalée sur plus de trois décennies. Ce qui n’était autrefois qu’un ensemble de morceaux marqués par la scène underground norvégienne devient désormais la première pièce d’une architecture beaucoup plus vaste.
Le fil narratif mène jusqu’à Chapter Four, prévu pour novembre 2026, où la logique initiale se renverse : au lieu de conclure que l’humanité se dirige vers l’enfer, le projet imagine désormais la possibilité inverse, celle d’un univers conçu comme une « Paradise Machine ». Cette théorie appartient aujourd’hui davantage au versant scientifique et philosophique du travail de Tivoli Boy qu’à la simple écriture musicale, mais elle donne à ce premier chapitre une nouvelle lecture rétrospective.
A Fairytale – Chapter One ressemble donc à une archive devenue prologue. Ses chansons gardent la rugosité, la gravité et l’esprit d’une époque, tout en prenant un nouveau sens à la lumière de ce qui vient après.
Le voyage commence ici, dans l’enfer. La destination, elle, ne sera comprise que bien plus tard.
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