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Jeynu Núñez rejoue la nostalgie boricua avec « JiNCHA BORiCUA » et « El intro que le debía a Shanice »

Jeynu Núñez rejoue la nostalgie boricua avec « JiNCHA BORiCUA » et « El intro que le debía a Shanice »
  • Publishednovembre 2, 2026

« Le rappeur et écrivain portoricain Jeynu Núñez ouvre deux fenêtres très différentes sur la même mémoire insulaire. Avec “JiNCHA BORiCUA”, il choisit la chaleur d’un rap lo-fi teinté de reggaeton ; sur “El intro que le debía a Shanice”, il replie le décor vers un boom bap plus poussiéreux, introspectif et profondément narratif. »

Jeynu Núñez écrit comme quelqu’un qui ne sépare jamais vraiment le souvenir du lieu où il s’est formé. Chez le rappeur portoricain, la nostalgie n’a rien d’un filtre esthétique posé après coup : elle structure le récit, donne sa température aux morceaux et détermine même la manière dont les rythmes respirent. « JiNCHA BORiCUA » et « El intro que le debía a Shanice » fonctionnent presque comme les deux faces d’une même cassette : d’un côté le désir, de l’autre le besoin de comprendre ce qu’on fait encore là.

« JiNCHA BORiCUA » avance avec une nonchalance très étudiée. Le beat lo-fi garde une texture douce, suffisamment relâchée pour laisser le rap s’installer sans pression, tandis qu’un groove reggaeton vient casser discrètement la linéarité. Cette intrusion donne au morceau sa couleur caribéenne sans le transformer en titre de club classique. Jeynu Núñez préfère la chaleur à l’explosion, la séduction au spectaculaire.

Le morceau regarde une relation passée avec une nostalgie assez sensuelle. L’intérêt vient de cette manière de tenir ensemble plusieurs états contradictoires : le sourire, le souvenir, le manque et une forme de distance gagnée après coup. Le premier mouvement reste très rap, puis le second couplet ouvre davantage la porte aux lignes mélodiques. Ce changement donne au morceau une respiration différente, comme si le narrateur cessait un instant de commenter pour se laisser rattraper par ce qu’il raconte.

La dimension boricua est essentielle. Jeynu Núñez ne plaque pas des signes culturels sur un morceau déjà construit ; il laisse plutôt l’identité portoricaine contaminer la production, le ton et la manière de traiter la romance. « JiNCHA BORiCUA » trouve justement son charme dans ce mélange de désinvolture contemporaine et de mémoire locale, avec assez de douceur pour rester accessible au-delà du rap latino.

« El intro que le debía a Shanice » referme ensuite complètement le cadre. Le Latin hip-hop se fait plus introspectif, avec des batteries boom bap poussiéreuses, des textures lo-fi et de petites imperfections sonores laissées visibles. Rien ne cherche à être trop propre. Le morceau préfère cette sensation de bande enregistrée tard, presque comme une page de journal que l’on aurait finalement décidé de montrer.

Le storytelling devient ici central. Jeynu Núñez suit un personnage mélancolique qui tente de comprendre ce qu’il fait de sa vie et trouve dans l’écriture et la musique une raison de continuer à avancer. Le titre lui-même ressemble déjà à une dette intime : un intro qu’il “devait” à Shanice, comme si le morceau existait depuis longtemps dans un coin de sa tête avant d’avoir enfin une forme.

Cette idée d’art comme point d’appui donne beaucoup de poids au morceau. Il ne s’agit pas de glorifier la tristesse, mais de montrer ce que la création peut faire lorsqu’elle devient un outil de mise en ordre. Écrire permet de regarder ce qui semblait confus, rapper de donner une cadence aux pensées, produire de transformer les silences en matière. Le boom bap convient parfaitement à cette démarche parce qu’il garde le texte au premier plan.

Les deux titres révèlent donc deux rapports différents au passé. « JiNCHA BORiCUA » le regarde avec une forme de sourire, dans une lumière chaude, encore sensuelle. « El intro que le debía a Shanice » s’y enfonce davantage, fouille les souvenirs et cherche ce qu’ils peuvent encore apprendre à celui qui les porte.

Jeynu Núñez ne cherche pas à moderniser artificiellement le rap portoricain ni à imiter une nostalgie new-yorkaise de seconde main. Il construit son propre langage entre lo-fi, boom bap, reggaeton discret et écriture très personnelle. Et ce qui reste après ces deux morceaux, c’est cette impression assez rare que la musique ne sert pas seulement à raconter des souvenirs : elle les empêche de devenir muets.

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Written By
Extravafrench

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