« Kimaya Diggs transforme l’été de la Nouvelle-Angleterre en refuge sentimental sur “Plants (Still Grow)”. Entre indie pop, soul rétro et douceur lo-fi, l’artiste du Massachusetts explore ce qui fait vraiment maison : un paysage, une mémoire, ou la personne qui nous donne soudain envie d’y rester. »
Chez Kimaya Diggs, l’été n’est jamais seulement une saison. Il devient un décor mental, une texture, presque une preuve que quelque chose a réellement existé. « Plants (Still Grow) » naît dans cet espace très précis : les verts profonds, les rivières, les plantes sauvages et la lumière autour de sa maison dans l’ouest du Massachusetts. Le morceau appartient à Green, un album entièrement traversé par la question du foyer, du territoire et des communautés que l’on choisit de construire autour de soi.
La force du titre tient dans cette manière de faire glisser une histoire intime vers une réflexion plus large sans jamais perdre sa sensualité. « Plants (Still Grow) » parle d’un été partagé avec quelqu’un, de souvenirs qui se fabriquent pendant qu’on les vit encore, mais aussi de cette sensation étrange qu’une relation peut modifier notre perception d’un lieu. Un jardin, une rivière ou quelques rochers chauffés par le soleil cessent alors d’être un simple décor : ils deviennent inséparables de la personne avec laquelle on les a traversés.
Originaire du Western Massachusetts et élevée à South Hadley, près de Mount Holyoke College, Kimaya Diggs possède un rapport particulièrement profond à cette région. Son univers mélange indie pop, soul, R&B, folk et rock, avec une écriture qui reste attentive à la manière dont les lieux façonnent les identités. Cette relation à la Nouvelle-Angleterre n’est pourtant jamais idéalisée. Diggs parle aussi du malaise d’y évoluer en tant qu’artiste noire et Desi dans une région et une petite ville agricole majoritairement blanches, et de la nécessité de créer soi-même les espaces où l’on peut réellement se sentir compris.
Cette ambiguïté donne énormément de relief à « Plants (Still Grow) ». La chanson pourrait facilement se contenter d’être une carte postale indie pop de fin d’été, mais elle refuse cette simplicité. Le sentiment d’appartenance y reste mouvant. Peut-on réellement appeler un endroit “chez soi” parce qu’on en connaît chaque plante, chaque animal, chaque changement de saison ? Ou faut-il avant tout que certaines personnes y rendent notre présence possible ? Pour Diggs, les deux réponses se mélangent, évoluent et parfois se contredisent.
Le son de Green accompagne justement cette idée de paysage vivant. Diggs a voulu une production ancrée dans le groove et dans une sensation organique, en commençant l’enregistrement par la batterie. Les bases du disque ont été captées à Nashville avec Erick Slick de Dr. Dog, entouré notamment du bassiste Rhees Williams, tandis que Jacob Rosazza et Ben Sanders participent à la production et Scott Hundley au mixage. Diggs elle-même prend ici davantage de contrôle sur la production, jusqu’à assurer une partie de l’ingénierie du disque.
Cette maîtrise arrive après un parcours marqué par une reconstruction particulièrement importante de sa voix. À la suite d’une blessure vocale puis d’une chirurgie, Diggs a passé plusieurs années à retrouver pleinement ses capacités. Green est le premier album sur lequel elle estime pouvoir chanter avec toute la puissance de cette voix restaurée. Sur « Plants (Still Grow) », cette histoire donne une autre profondeur à la douceur : il ne s’agit pas d’une fragilité passive, mais de quelque chose qui a repoussé.
Les références musicales de Kimaya Diggs éclairent également ce mélange de chaleur et de précision. Stevie Wonder, Marvin Gaye, Aretha Franklin, Minnie Riperton, Donny Hathaway, Lauryn Hill, D’Angelo ou Corinne Bailey Rae appartiennent aux fondations de son écoute. Son souvenir d’enfance de « Put Your Records On » de Bailey Rae est particulièrement révélateur : entendre une chanson dans laquelle elle pouvait enfin reconnaître une fille noire lui avait ouvert, selon elle, une nouvelle possibilité d’existence artistique.
« Plants (Still Grow) » s’inscrit donc dans quelque chose de plus vaste qu’une romance estivale. Le morceau parle de désir, évidemment, mais aussi de territoire, d’identité et de cette possibilité de se fabriquer une communauté lorsque l’environnement ne vous la donne pas spontanément. Son clip, tourné en grande partie dans le jardin de Diggs et réalisé par Eli Howe, prolonge cette idée en plaçant directement la relation au cœur du paysage qui nourrit Green.
Le titre devient alors presque littéral. Les plantes continuent de pousser, même après les saisons, les ruptures et les périodes où tout semblait immobile. Les êtres humains essaient peut-être de faire pareil. Chez Kimaya Diggs, grandir ne signifie pas oublier ce qui a été perdu, mais apprendre à reconnaître ce qui nourrit encore. Et parfois, cela ressemble simplement à un été, quelqu’un que l’on aime et un jardin que l’on connaît désormais par cœur.
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