« Playa » porte la signature sentimentale de Randy Nota Loca, ce point de rencontre où le reggaeton portoricain laisse affleurer son cœur de velours.
Randy chantait à l’église avant de devenir l’une des voix du perreo. On devrait garder cette image en tête lorsqu’on aborde « Playa ». Elle raconte une éducation de la mélodie, le goût d’une voix capable de rassembler et, surtout, cette faculté de donner une présence humaine à une musique destinée au mouvement. Le parcours éclaire le chanteur autrement que par les seules secousses de Jowell & Randy. Derrière l’exubérance du tandem, une sensibilité R&B a toujours travaillé.
Né à San Juan, à Porto Rico, Randy Ariel Ortiz Acevedo appartient à cette histoire du reggaeton dans laquelle les personnalités vocales comptent autant que les productions. Son attachement à Lionel Richie et aux Jackson 5 fournit une clé précieuse. On y reconnaît un idéal de chant populaire, immédiatement identifiable, dont la séduction passe par la manière de porter une mélodie. Le plaisir d’écouter quelqu’un chanter constitue déjà un événement.
« Playa » prolonge ce versant amoureux au sein de « Romance de Una Nota 3 ». Le titre convoque un imaginaire facilement encombré de clichés. Plage, chaleur, rapprochement des corps, toute une industrie sait fabriquer ces images à la chaîne. L’intérêt de Randy se situe dans la personnalité qu’il apporte à ce territoire. On vient chercher un interprète, quelqu’un dont l’histoire et les affinités donnent du relief à une invitation familière.
L’inscription du morceau entre reggaeton, moombahton et pop latine ouvre précisément cette question d’équilibre. Le reggaeton organise une relation physique au temps, fondée sur le retour du motif et l’attente qu’il entretient. La pop demande à la chanson de laisser une empreinte mélodique. Le chanteur doit négocier ces deux forces, trouver comment occuper la pulsation sans écraser son mouvement. La sensibilité R&B de Randy rend ce dialogue particulièrement intéressant.
On apprécie également la continuité de cette recherche dans sa carrière solo. « Roses & Wines », puis « Romances de una Nota », lui ont permis d’explorer davantage le romantisme, les passages entre bachata, hip-hop et reggaeton, les possibilités d’une expression plus personnelle. « Playa » rejoint cette trajectoire. La sensualité y constitue une direction artistique à part entière, avec ses nuances et ses exigences.
Le titre paraît chez Rimas Entertainment, mais son meilleur argument reste la place singulière de Randy dans ce paysage. Une longue expérience du collectif, une culture du chant, le désir persistant de plaire sans abandonner la tendresse. On peut entrer par la promesse d’évasion contenue dans « Playa ». On garde surtout en tête ce trajet étonnant, du chœur d’une église de San Juan aux formes les plus charnelles de la pop caribéenne. Randy connaît depuis longtemps le chemin entre la ferveur et le frisson.
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