« Pureblast confirme son statut d’ovni de la nouvelle scène électronique française avec Prime Time. Le duo parisien mélange prog, psytrance, breakbeat, Detroit electro, techno britannique et énergie punk dans cinq morceaux pensés pour faire transpirer autant les clubs que les idées reçues. »
Tout est déjà contenu dans le nom : Prime Time sonne comme une prise de pouvoir. Pas celle qui réclame la lumière, mais celle qui la détourne, la distord et la transforme en matière brute pour le dancefloor. Pureblast, duo parisien aujourd’hui parmi les projets live les plus singuliers de la nouvelle scène électronique française, signe ici cinq morceaux qui refusent obstinément de choisir entre club music, rave, techno, trance, electro et héritage punk.
Le disque sort sur Punctuality, le label de Spray, et prolonge une relation déjà ancienne entre les deux entités. Pureblast avait collaboré avec l’artiste irlandais dès 2023 sous son ancien alias Baraka. Depuis, le duo a clairement renforcé son identité : plus dense, plus distordue, plus physique aussi. Leur musique repose sur des basses constamment mobiles, des drums qui frappent sans demander la permission et une utilisation de la voix qui oscille entre présence humaine et déformation quasi mécanique. Le résultat donne un son hybride, sexy et agressif à la fois, qui semble avoir été construit pour des salles où la chaleur finit toujours par gagner.
« Pleasure Principle » ouvre l’EP comme une déclaration de méthode. Les basses roulent, les percussions poussent vers l’avant et les voix de sa+ga sont travaillées jusqu’à atteindre cette étrangeté humanoïde qui traverse tout le projet. Le morceau emprunte autant au breakbeat trancé qu’aux formes les plus directes de la techno contemporaine. Il y a quelque chose de joueur dans cette manière d’empiler des références sans jamais perdre le sens du groove. L’idée du plaisir n’est d’ailleurs pas anodine : chez Pureblast, le dancefloor reste un espace de désir avant de devenir un laboratoire sonore.
« Dirty Thirty » durcit le trait. Plus frontal, plus sale dans ses textures, le morceau porte bien son nom. Le low-end devient plus massif, les drums plus punitifs et la production laisse apparaître cette influence industrial rock que le duo revendique autant que la club music. Pureblast ne cherche pourtant pas la brutalité gratuite. Sous les couches abrasives, tout reste parfaitement calibré pour la danse. C’est précisément cette contradiction qui rend le morceau efficace : quelque chose cogne pendant que quelque chose d’autre séduit.
« Ace Feeling » bascule ensuite vers une énergie plus expansive. La version extended laisse davantage de place aux progressions et aux respirations, avec un goût prononcé pour les montées hypnotiques et les synthés aux contours psychédéliques. On retrouve ici l’influence psy et progressive du duo, mais débarrassée des codes trop attendus du genre. La tension ne s’installe jamais pour produire un simple drop spectaculaire ; elle sert plutôt à étirer la sensation, à maintenir le corps dans une attente continue.
Le morceau-titre « Prime Time » agit comme le centre de gravité du projet. Plus que les autres, il résume cette idée de “modern rolling prog” défendue par le label : rythmiques compactes, basse en mouvement permanent, textures distordues et une science très précise du momentum. Le morceau possède aussi quelque chose de franchement insolent. Il ne cherche pas à rendre hommage aux années 90 ou 2000 de manière nostalgique, même si l’on peut entendre des clins d’œil au big beat époque Ray of Light, à l’electro de Detroit ou aux grandes heures de la rave. Tout passe par un filtre contemporain qui évite soigneusement la reconstitution.
« Youth Serum » referme enfin l’EP sur une énergie qui semble vouloir repousser l’épuisement. Le titre évoque littéralement un sérum de jeunesse, et la production épouse cette idée avec une nervosité qui refuse de ralentir. Les textures restent dures, les basses profondes et les détails électroniques suffisamment imprévisibles pour empêcher toute sensation de confort. Après quatre morceaux déjà très physiques, cette conclusion agit comme une dernière injection.
Pureblast s’est construit une réputation précisément sur cette capacité à traduire ses productions sur scène. Panorama Bar à Berlin, Blitz à Munich, Macadam à Nantes, Lofi à Amsterdam, Essaim à Paris, mais aussi Boiler Room et Intercell : le duo a déjà trouvé sa place dans des espaces où l’électronique ne fonctionne jamais comme simple musique d’ambiance. Leur live est pensé comme une déflagration, avec des voix puissantes, des beats percussifs, des basslines agressives et des couches de synthés capables de faire glisser un set de la trance progressive vers la techno, le tech house ou la rave sans rupture artificielle.
Ce qui distingue Prime Time tient justement dans cette absence de hiérarchie entre les influences. Pureblast peut convoquer la culture DJ, le punk électronique, la psytrance, le big beat ou l’electro de Detroit sans transformer le disque en catalogue de références. Tout est digéré puis recraché avec la même énergie nerveuse.
Paris compte aujourd’hui beaucoup de projets électroniques capables de faire danser. Pureblast semble plutôt vouloir rappeler qu’un club peut aussi être un endroit où les genres perdent leurs frontières. Prime Time arrive exactement à ce moment-là : cinq morceaux pour annoncer que l’heure de pointe ne fait que commencer.
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