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Music Pop

Steve and Dolapo bâtissent « Solid Ground » comme une maison ouverte à tous

Steve and Dolapo bâtissent « Solid Ground » comme une maison ouverte à tous
  • Publishednovembre 2, 2026

« Solid Ground porte bien son nom : Steve and Dolapo y construisent un disque sur l’amitié, l’entraide, l’amour, la résilience et cette idée presque naïve — donc précieuse — qu’une chanson peut encore remettre un peu d’ordre dans le chaos. Entre power pop, afrobeat, funk, soul, jazz, rock mélodique et arrangements choraux, le duo américano-nigérian donne à son deuxième album la forme d’un espace commun. »

Steve Petrinko et Dolapo Oladejo n’ont pas simplement fabriqué un album ensemble. Ils ont bâti une méthode de vie.

Depuis leur rencontre à distance, les deux musiciens ont transformé leur amitié en moteur créatif permanent. L’un travaille depuis la région d’Ann Arbor, dans le Michigan, l’autre enregistre ses voix depuis Ibadan, au Nigeria ; entre les deux, des messages vocaux quotidiens, des appels interminables, des sessions d’écriture, de production et une attention presque obsessionnelle portée aux détails. Leur credo tient en quelques mots : amitié, positivité, amour, empathie, inclusion.

Solid Ground prend donc cette relation comme matière première.

Le duo ne cherche jamais l’uniformité. Le disque puise aussi bien dans l’indie pop que dans la soul, le R&B, le hip-hop, le rock, les musiques chorales et les traditions dites “world”, avec derrière lui un imaginaire qui va des Beatles à Fela Kuti, d’Angélique Kidjo à Earth, Wind & Fire, de Motown à Queen. La force du projet vient moins de cette liste impressionnante de références que de ce qu’ils en font : une musique généreuse, souvent très directe, où l’arrangement cherche d’abord à soutenir une idée humaine.

« Fresh Squeeze » ouvre parfaitement cette logique.

Le titre célèbre ce moment où l’on trouve enfin sa tribu, cette personne ou ce groupe qui réussit à nous sortir de la torpeur et à réinjecter du jeu, de la nouveauté, de la joie dans le quotidien. Steve and Dolapo le décrivent comme un hommage à celles et ceux qui savent nous ramener vers notre “happy place”. Le morceau agit donc comme une porte d’entrée très claire : Solid Ground sera un disque sur les liens qui nous remettent debout.

« Make A Sound » déplace ensuite cette énergie vers l’affirmation de soi.

Pas l’affirmation tapageuse, ni le culte de l’ego. Le duo parle plutôt de conscience de soi, du droit à prendre position, à parler lorsqu’il le faut, à être pleinement soi sans empiéter sur les autres. Il y a quelque chose de très cohérent avec leur univers : s’exprimer, oui, mais toujours dans une logique de coexistence.

« Every Colour » élargit encore le cadre.

La chanson célèbre l’inclusion et insiste sur les ressemblances qui persistent malgré les différences. Son énergie très haute est pensée pour évoquer la vibrance d’un spectre complet, comme si le titre voulait littéralement faire entendre plusieurs couleurs à la fois. Le choix n’est pas décoratif : l’album revient constamment à cette idée que la pluralité ne fragilise pas l’ensemble, elle le rend plus riche.

« Give Me The Music » est peut-être le morceau où l’on comprend le mieux la relation entre Steve et Dolapo.

Il s’agit d’un hommage aux créateurs, au processus de composition, à l’excitation presque enfantine que procure le fait de fabriquer quelque chose ensemble. Dolapo présente directement son meilleur ami et partenaire comme la muse du titre. La musique parle ici de musique, mais surtout de gratitude : gratitude de pouvoir créer, gratitude d’avoir trouvé quelqu’un avec qui le faire.

« Yes I Do » prend ensuite des allures de comédie musicale miniature.

Le morceau imagine une scène de mariage heureux, avec cette euphorie presque irréelle que provoque l’instant où deux personnes se choisissent. Il y a dans cette chanson quelque chose de volontairement lumineux, presque vintage, qui colle parfaitement à l’amour du duo pour les grandes mélodies pop et les harmonies généreuses.

« Light Up Your Mind » revient vers un terrain plus motivationnel.

Ici, il s’agit de réveiller l’attention, de sortir d’une sorte de sommeil mental, de reprendre conscience de soi et de son environnement. Steve and Dolapo l’imaginent comme un morceau capable de pousser l’auditeur vers une version plus pleine de lui-même. Le geste pourrait devenir naïf entre de mauvaises mains ; chez eux, il reste crédible parce qu’il correspond exactement à leur ethos général.

« I’m Yours » resserre alors le champ.

Le morceau se place du point de vue d’un amoureux très direct, sans posture sophistiquée, qui décide simplement de mettre ses pensées les plus intimes en musique. Là encore, la sincérité prime sur l’ambiguïté. Steve and Dolapo ne semblent pas fascinés par le cynisme amoureux. Ils préfèrent regarder ce que l’engagement émotionnel peut avoir de profondément désarmant.

« Early Morning Glow » possède une genèse plus singulière.

La chanson vient d’une série de haïkus progressivement restructurés, métrés puis transformés en véritable morceau. Elle célèbre la lumière du matin, le commencement, l’espoir contenu dans chaque journée nouvelle. Le duo la décrit presque comme une prière, et cette idée lui va bien : ce n’est pas une chanson qui proclame, c’est une chanson qui bénit.

« In Your Dream » introduit davantage de trouble.

Le rêve devient ici un espace pour parler des bouleversements de la vie, des détours, des distractions, des désirs qui brouillent parfois la direction générale. Le morceau insiste sur la nécessité de regarder au-delà du brouillard, de comprendre ce qui se joue réellement pour continuer d’avancer. Pour un disque aussi profondément positif, ce passage est essentiel : l’espoir n’a de valeur que s’il sait aussi regarder l’instabilité.

« Your Time To Shine » reprend le flambeau avec un discours presque programmatique.

Le morceau s’intéresse au point de rencontre entre préparation et opportunité. L’idée est simple : si le moment n’est pas encore arrivé, on travaille ; lorsqu’il arrive, on doit être prêt à le saisir. Le titre évite ainsi la motivation creuse. Il ne promet pas que tout viendra naturellement, il insiste au contraire sur l’effort en amont.

« Free » ralentit encore l’allure mentale.

Steve and Dolapo y abordent la liberté comme une question presque philosophique : qu’est-ce qu’être libre, comment nos pensées modifient-elles cette définition, et jusqu’où sommes-nous responsables de la manière dont nous interprétons cette notion ? Le morceau agit comme une parenthèse réflexive dans un album souvent très tourné vers l’action et l’encouragement.

« Slow Steady Roll » est probablement l’un des titres les plus utiles du disque.

Le duo y parle de rythme de vie, de fatigue, de nécessité de recalibrer son mouvement pour éviter l’épuisement. Ils ont même transformé le titre en acronyme interne, “SSR”, utilisé entre eux pour désigner ces moments où il faut ralentir, se recentrer et reconstruire par étapes. Ce morceau donne à l’album une sagesse très concrète : avancer n’implique pas forcément d’aller vite.

« Obstacles » réactive ensuite l’élan.

Le morceau parle de résistance, de volonté de continuer malgré les difficultés et de la capacité à maintenir une direction même lorsque les circonstances se compliquent. L’idée n’est pas nouvelle, mais sa place dans l’album lui donne une logique : après avoir appris à ralentir, il faut parfois repartir.

Et puis arrive « Solid Ground ».

Le morceau-titre résume presque tout le projet. Steve and Dolapo le présentent comme une chanson d’espoir au milieu du désespoir, une tentative de rappeler qu’il existe encore une éclaircie possible après la tempête et qu’il est toujours envisageable de retrouver un terrain stable. Le titre devient alors plus qu’une métaphore : il décrit la relation même du duo.

Car ce qui frappe finalement dans cet album, c’est la manière dont l’amitié imprègne tout.

Steve raconte qu’aucune journée ne passe sans échanges longs et réguliers entre eux, qu’ils se soutiennent émotionnellement en permanence et qu’ils décrivent leur lien comme un système de “360 degrees of perpetual support”. Cette proximité explique beaucoup de choses : les harmonies chorales, la générosité des arrangements, les chansons d’encouragement, mais surtout cette absence totale de distance ironique.

Steve and Dolapo croient à ce qu’ils chantent.

Et c’est précisément ce qui donne à Solid Ground sa personnalité.

Le disque ne veut pas paraître plus cool que ses sentiments.

Il préfère être utile à quelqu’un.

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Written By
Extravafrench

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