« “Take It All Back” sonne comme un retour aux sources sans une once de nostalgie passive. TATE SEDAR replonge dans le complextro qui l’a formé, mais le pousse ailleurs : electro house nerveuse, stutters, guitares pop, glitches hyperpop et virage brutal vers la drum & bass. Une manière très claire de reprendre possession de son ADN tout en refusant de le figer. »
Il y a quelque chose d’assez logique à voir TATE SEDAR revenir aujourd’hui vers le complextro. Ce sous-genre, né dans l’effervescence electro house du début des années 2010, repose justement sur l’excès de détails, les ruptures, les textures qui se répondent et cette impression que chaque mesure peut contenir trois idées de trop sans jamais perdre le fil. C’est ce terrain-là qui a marqué SEDAR à ses débuts, à une époque où Porter Robinson, Zedd, Lucky Date ou Wolfgang Gartner faisaient du maximalisme électronique une grammaire en soi.
« Take It All Back » ne se contente pourtant pas de refaire le trajet à l’identique. Le morceau commence dans cette logique d’electro house dense et précise, menée par une voix féminine et une production qui laisse rapidement apparaître sa volonté de changement. Puis le titre bifurque franchement vers la drum & bass. Le geste est presque pédagogique dans sa structure, mais jamais scolaire : on entend l’histoire personnelle de SEDAR autant que son envie de forcer deux périodes de sa culture club à se rencontrer.
Le morceau a d’ailleurs mis du temps à devenir ce qu’il est. À l’origine, SEDAR travaillait sur une idée mêlant house et drum & bass pour une potentielle collaboration. Une mélodie hachée, quelques accords chargés de nostalgie et un sample vocal posaient déjà le décor, mais le premier jet s’arrêtait juste après un drop plus lourd en basses. Le projet dort ensuite sur un disque dur pendant près d’un an. C’est Laidback Luke, en découvrant la démo dans son segment sur One World Radio, qui lui redonne l’élan nécessaire pour la finir.
Ce détail est révélateur : « Take It All Back » vient moins d’un plan parfaitement établi que d’une idée inachevée qui a fini par retrouver son énergie. SEDAR y ajoute alors de nouvelles couleurs, notamment des guitares plus pop et des textures hyperpop glitchées, avant de s’attaquer à l’un des plus gros défis techniques du morceau : produire de la drum & bass de façon suffisamment convaincante pour que la transition ne ressemble pas à un gadget.
Le résultat fonctionne justement parce que le morceau n’oppose pas ses influences. Il les fait circuler. Le complextro apporte la densité, la house donne l’ossature initiale, la drum & bass casse ensuite la trajectoire, tandis que les éléments pop et hyperpop empêchent l’ensemble de sonner comme une simple reconstitution d’un son 2012. Il y a une vraie sensation de mouvement, presque de mutation en temps réel.
Le choix de Big Fish Recordings comme label ajoute aussi une dimension symbolique importante. Pour SEDAR, ce n’est pas un simple point de chute : le label faisait partie de son paysage musical de jeunesse, via YouTube et SoundCloud, et a accueilli plusieurs artistes qui ont participé à définir son imaginaire électronique. Y sortir aujourd’hui son premier titre revient presque à refermer une boucle, mais avec suffisamment de distance pour éviter l’effet hommage figé.
Son parcours depuis ses débuts publics va d’ailleurs dans le même sens. Après un premier gros coup de projecteur lors de l’EDC Virtual Rave-a-Thon en 2020, TATE SEDAR a progressivement installé une identité qui refuse de choisir entre bass music, electro et progressive. Son approche repose sur ces zones grises, celles où les genres commencent à perdre leurs contours propres pour devenir des outils au service d’une énergie plus personnelle.
« Take It All Back » porte très bien cette idée. Le titre lui-même pourrait laisser croire à un retour pur et simple, mais le morceau raconte plutôt une réappropriation. Revenir à ce qui nous a construit ne signifie pas l’imiter. Ici, SEDAR reprend les réflexes du complextro, les replace dans une production actuelle et accepte de les confronter à des codes qu’il n’aurait probablement pas utilisés de la même manière quinze ans plus tôt.
C’est ce qui donne au morceau sa vraie force : on y entend quelqu’un revenir chez lui et découvrir que la maison a changé — ou peut-être que c’est lui qui n’y entre plus de la même manière.
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