Sur « Purple Temptress », Isabella Han-Bolelli fait gronder le ciel et laisse une femme sans nom prendre toute la place au micro.
Le tonnerre roule avant qu’on sache qui va parler. C’est une entrée de théâtre assez maligne. On prête d’abord l’oreille à quelque chose d’immense et de lointain, puis une voix humaine suffit à ramener toute l’attention au premier plan. Isabella Han-Bolelli lui donne le temps de s’installer. Les coups de batterie, peu nombreux et espacés, ponctuent ses déclarations. Entre deux frappes, on a le loisir de mesurer le poids d’une inflexion, d’entendre combien une syllabe qu’on laisse traîner peut changer l’aplomb d’une phrase. La Californienne, autrice-compositrice-interprète sino-italienne de Los Angeles, retrouve là quelque chose du blues avec lequel elle a grandi. La voix peut prendre son temps et, ce faisant, imposer le sien à tout le morceau.
La femme qui parle n’a pas de nom. Les mots dont on dispose pour la désigner, sorcière ou tentatrice, nous renseignent surtout sur la personne qui les emploie. On se surprend d’ailleurs à vouloir trancher. Est-elle dangereuse ? Pour qui, au juste ? Han-Bolelli laisse la question en suspens et tire de ce flottement une partie du plaisir de « Purple Temptress ». Les bougies et les sortilèges lui donnent de quoi jouer, et elle s’amuse visiblement du rôle. À mesure que la voix occupe l’espace que lui ménage la batterie, la supposée menace prend une forme assez simple. Cette femme entend vivre à sa manière.
Le rapprochement avec « Immoral Bitch » donne un autre relief à ce personnage. On peut imaginer dans la tentatrice l’adulte que la fille rebelle du premier titre pourrait devenir. Entre les deux, l’insulte change de costume, et la mise en scène de Han-Bolelli devient plus oblique. La jeune chanteuse s’intéresse à ce qu’une femme peut faire des mots qui la précèdent dans une pièce, à la liberté qu’elle trouve en jouant elle-même le rôle qu’on lui a collé.
Puis la pluie reprend la place de la voix et le tonnerre revient. On reconnaît le décor du début. Cette fois, on sait qui était au micro. La sorcière a quitté la scène et, dans la salle, on se demande qui avait préparé le bûcher.
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