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Qui mène la danse ? Raploard brouille les pistes sur « Carry Go »

Qui mène la danse ? Raploard brouille les pistes sur « Carry Go »
  • Publishednovembre 3, 2026

« Carry Go » de Raploard fait de la piste un lieu où l’on peut changer de langue sans perdre le pas.

Sur une piste, on apprend vite à finir une conversation avec les épaules. Le volume a mangé la moitié de la phrase, quelqu’un a répondu trop tard, et pourtant tout le monde s’est compris. « Carry Go » invite à prêter attention à ce drôle de savoir-faire. L’anglais, l’afrikaans et le pidgin y partagent le même espace, celui d’un amapiano qui donne à la voix autant de valeur pour son mouvement que pour ce qu’elle raconte. On peut suivre le sens de près, puis le laisser filer et s’attacher à la façon dont une syllabe prend son élan. C’est souvent là que la danse commence.

Raploard, de son vrai nom Holafisoye Emmanuel Oluwafemi, est originaire de l’État d’Ondo, au Nigeria. Le choix de l’amapiano, né en Afrique du Sud, donne un relief particulier à cette circulation des langues. Le genre a cette souplesse rythmique qui permet à plusieurs façons de parler de cohabiter. La pulsation fournit un repère commun, tandis que les accents de la voix peuvent dessiner une autre cadence à l’intérieur de la mesure. Le plaisir vient de ce partage des rôles. On sait où poser le pied et on reste curieux de savoir où la phrase, elle, va retomber.

On pourrait s’arrêter au joli symbole d’un morceau qui traverse les frontières. Ce qui nous intéresse davantage, c’est ce que ce déplacement change à l’échelle de la bouche. Une langue redistribue les appuis, change la longueur des voyelles, donne aux consonnes une autre manière d’interrompre ou de relancer le débit. Le pidgin et l’anglais ont beau partager du vocabulaire, leurs inflexions ouvrent des possibilités différentes au phrasé. L’afrikaans élargit encore ce jeu. Sur « Carry Go », le passage d’un registre à l’autre donne envie de suivre la voix comme on suivrait une percussion, en prêtant attention à ses attaques et à ce qui se joue entre deux appuis.

On revient alors à cette conversation qu’on avait cru perdre dans le bruit. Quelqu’un près de nous reprend un mouvement avec un léger retard, assez pour qu’on le remarque, assez peu pour qu’on continue ensemble. C’est cette seconde de flottement que « Carry Go » donne envie de prolonger.

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https://open.spotify.com/playlist/1BF3vfzsdgDiO

 

Written By
Extravafrench

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