Le point d’interrogation de « Do You Believe Me Yet? » a les nerfs à vif. Yuneki s’empare de la violence du doute et lui donne le volume d’une pop qui a cessé de s’excuser.
Le mot le plus féroce du titre est le dernier. Yet. Encore combien de temps avant qu’on la croie ? Combien de versions faudra-t-il donner, avec quel visage, sur quel ton ? Yuneki fait tenir dans cet adverbe toute la fatigue de devoir rendre son expérience recevable. Puis elle change les conditions de l’entretien. La chanteuse de dix-neuf ans, qui a grandi à Cambridge et vit à Londres, aborde la colère et le désir de revanche avec une pop plus rêche que celle de « Baby Teeth ». Elle avait pris l’habitude de coucher ses émotions sur le papier bien avant ses premières séances en studio. Cette fois, écrire revient aussi à décider du bruit qu’elles feront en sortant.
Elle évoque ces hommes qui l’ont regardée comme une manic pixie dream girl, cette fille de cinéma dont les excentricités rendent la vie du héros plus intéressante. La référence a quelque chose de glaçant quand Yuneki y ramène sa jeunesse et sa santé mentale. Ce qui lui coûte dans la vie devient, aux yeux de certains, une part de son charme. Et lorsque le charme cesse d’opérer, il reste à faire entendre une expérience que d’autres ont déjà réécrite. « Do You Believe Me Yet? » porte la rage de ce double travail, vivre la scène puis devoir se battre pour en garder le récit.
Le virage hyperpop prend ici tout son sens. J’aime ce que le genre autorise dans le rapport entre une émotion et sa présentation. Une production peut pousser la texture jusqu’à l’inconfort tout en conservant la netteté d’une adresse pop. Cette tension donne un relief particulier au sujet de Yuneki. On exige souvent de quelqu’un qui raconte une expérience douloureuse qu’il en règle soigneusement l’intensité. La chanson se donne précisément le droit d’occuper cette marge. Le grain plus âpre et le goût de l’expérimentation lui permettent de faire sentir ce que coûte une parole qu’on a longtemps priée de rester mesurée.
« Like Honey » avait fait remarquer la précision de ses instantanés et la fragilité qu’elle acceptait d’y laisser paraître. Sur ce premier aperçu de son prochain EP, publié chez 23 Recordings, cette franchise change de volume. Le titre conserve sa question, et c’est très bien ainsi. À force de l’entendre comme une demande de preuve, on finit par remarquer à qui Yuneki la renvoie. Pour une fois, la personne qui écoute a quelque chose à expliquer.
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