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Terminus impossible pour « The Girl On The M10 » de My Secret Playground

Terminus impossible pour « The Girl On The M10 » de My Secret Playground
  • Publishednovembre 3, 2026

« The Girl On The M10 » de My Secret Playground donne à un trajet berlinois la durée élastique d’un souvenir qu’on refuse de laisser descendre.

On pourrait rater son arrêt pour beaucoup moins. Un visage aperçu dans le tram, son reflet qui se superpose un instant à la rue, et le trajet qu’on connaît par cœur prend soudain l’allure d’une scène dont on aimerait voir la suite. Florian Herzberg choisit de nommer la ligne et de laisser l’inconnue sans prénom. Cette différence de précision fait tout le charme du titre. On sait où chercher la scène. Pour ce qui s’y joue, on en est réduit à regarder par la vitre.

Originaire de Vienne et installé à Berlin, Herzberg travaille sous le nom de My Secret Playground une indie dance nourrie par les synthétiseurs des années quatre-vingt et par un goût durable pour le rock et le metal. Sur l’EP End Of Noise, paru chez Mélopée Records, les nappes amples et les voix parfois traitées au vocodeur côtoient des batteries plus physiques et des textures saturées. Ce qui nous plaît dans cette palette, c’est que chaque matière semble avoir sa propre façon de mesurer le temps. Une nappe prolonge une sensation au-delà de la mesure. Une frappe de batterie rend l’instant à nouveau très net. On retrouve quelque chose du tram dans ce décalage. Le véhicule avance par secousses pendant qu’une pensée continue sur sa lancée.

L’expérience de My Secret Session, où Herzberg a fait improviser ensemble DJs et instrumentistes, éclaire cette façon d’aborder la musique de danse. Une pulsation régulière donne aux musiciens un terrain commun sur lequel une texture, une attaque ou un changement de densité peuvent infléchir la trajectoire. La rencontre entre l’électronique et le rock prend ici son intérêt. La saturation ajoute du grain à une musique qui pourrait facilement se laisser aller au velours des synthés. La mélancolie garde ainsi quelque chose de physique. On peut s’y attarder tout en sentant que le morceau continue d’avancer.

Pensé comme un récit en quatre titres, End Of Noise traverse la perte, l’euphorie et le vertige des nouveaux départs. « The Girl On The M10 » ramène ces grands mouvements à une échelle qu’on connaît bien. On arrive à son arrêt, on descend, et pendant quelques mètres on marche encore à la vitesse du tram.

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Written By
Extravafrench

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