Disparaître ou renaître ? Telle est la question de KAAMZ sur « Fade Away »
Il y a ces nuits où l’on se sent englouti par tout ce qu’on n’est pas, où l’on doute même d’avoir une place dans l’espace qu’on tente de conquérir. Fade Away n’est pas né dans un studio aseptisé avec une équipe d’auteurs-compositeurs en quête du refrain parfait. Ce morceau a pris forme dans la solitude d’une chambre, au creux d’une tempête intérieure où KAAMZ se demandait si tout cela avait un sens, si sa voix pouvait encore porter dans un monde où chaque jour de nouveaux noms apparaissent et disparaissent sans laisser de trace.
Et pourtant, c’est en chantant ce vertige qu’elle a trouvé un point d’ancrage. Là où ses morceaux précédents étaient guidés par la cadence du rap, Fade Away explore une nouvelle fragilité, une voix qui s’étire, qui vacille, qui ose prendre de l’espace au-delà du texte, laissant les mélodies parler là où les mots ne suffisent plus. Il y a une tension dans ce morceau, une bataille entre le désespoir et l’affirmation de soi, un équilibre instable qui rappelle ces instants où l’on hésite entre tout laisser tomber ou s’accrocher encore un peu.
Jetty, invité sur le titre, vient sceller cette trajectoire avec un changement d’énergie. Là où le début du morceau respire la fatigue et l’incertitude, sa voix apporte une ouverture, un souffle qui transforme la résignation en résilience. La production, subtile et immersive, fait écho aux influences d’Audrey Nuna et Trevor Spitta, mais surtout à cette volonté de KAAMZ d’expérimenter, d’élargir son spectre, de ne jamais se contenter d’une seule direction.
Mais Fade Away ne se limite pas à une introspection personnelle. Il s’inscrit dans un projet plus vaste, celui d’une artiste qui ne veut pas seulement exister pour elle-même, mais pour une scène entière. En créant le collectif Back 2 The Burbs, KAAMZ fait plus que s’imposer : elle ouvre la voie à d’autres artistes, notamment des femmes, souvent laissées en marge d’un milieu où il faut encore trop souvent se battre pour être entendue. Son prochain événement, Moon in Venus, sera un manifeste en lui-même : une scène exclusivement féminine, un espace où ces voix peuvent briller sans avoir à demander la permission.
Alors Fade Away, malgré son titre, n’a rien d’une disparition. C’est une révolte feutrée, un pas de plus vers un territoire que KAAMZ façonne avec patience et conviction. C’est un morceau pour ceux qui doutent, pour ceux qui vacillent, mais qui, malgré tout, refusent de s’effacer.
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