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Plongeon dans les ruines du monde avec FHMY sur The World You Grew Up In No Longer Exists

Plongeon dans les ruines du monde avec FHMY sur The World You Grew Up In No Longer Exists
  • Publishedmars 2, 2025

Il y a des albums qui ne se contentent pas d’être écoutés. Ils hantent. Ils obsèdent. Ils fissurent les certitudes et remettent tout en question. Ce premier LP de FHMY est une épreuve, un miroir brisé tendu à l’auditeur, où chaque reflet dévoile une facette douloureusement humaine.

Issu du tumulte du Caire, FHMY canalise le chaos environnant en un dédale sonore où se télescopent math rock, post-rock, emo, shoegaze et IDM. Un mélange aussi abrasif que fragile, où chaque note semble sur le point de s’effondrer sous le poids des thèmes abordés : dépression, nostalgie, dysmorphie, masculinité, solitude et abandon. Il n’y a pas de filtres, pas de concessions. Juste une honnêteté brute, déchirante.

Dès « Egyptian Football », FHMY impose une vision singulière. Un hommage à American Football, transposé dans un monde où les souvenirs s’effilochent et où les absences deviennent omniprésentes. Quatre couches de guitares tissent une toile complexe, entre harmonie délicate et douleur sous-jacente, tandis que des samples de jeux vidéo, notamment The Legend of Zelda, apportent une étrange touche d’enfance déformée.

« memoriesyouwillneverfeelagain » déploie un tempo éclaté, où les structures math rock rencontrent l’élégance mélancolique du post-rock. Un personnage en quête de lui-même, tiraillé entre dépendance affective et désir d’émancipation. La pièce atteint son climax avec une lecture du poème « Life » d’Arseny Tarkovsky, tiré du film Mirrors (1975) d’Andrey Tarkovsky. Un instant suspendu où le passé et l’avenir se percutent.

« You Can’t Live There Forever » plonge dans un interlude électronique minimaliste, écho direct au morceau précédent. Un sample tiré de Steins;Gate murmure la tragédie d’un protagoniste condamné à effacer son propre passé pour sauver ceux qu’il aime. Une réflexion cruelle sur la mémoire et l’oubli, qui résonne comme un adieu forcé.

« Chery! Oh Chery! » est une pièce hybride, initialement écrite sous le titre « Elephants! Elephants! » puis rebaptisée « Japanese Fever Dream ». Inspiré par les haïkus japonais et la poésie minimaliste de Katsushika Hokusai, FHMY structure son morceau comme un poème en trois lignes : une montée, une fracture, un effacement. Comme une idée qu’on écrit, qu’on rature, puis qu’on réécrit à l’infini.

Le projet prend une dimension encore plus intime avec « my blue heaven », une collaboration avec AQL, autre électron libre du Caire. Deux artistes issus de quartiers différents, Maadi et Haram, réunis par des blessures communes : traumatismes d’enfance, pertes, négligence sociale. Un morceau qui pulse comme un cœur brisé, un appel à l’aide dans une nuit sans étoiles.

« The World You Grew Up In No Longer Exists » est une pièce instrumentale où des éléments jazz viennent troubler l’atmosphère. FHMY laisse l’auditeur en pleine liberté d’interprétation. Un espace vide, un territoire à reconstruire.

« I Keep On Not Dying » pousse la réflexion encore plus loin. Inspiré de Dostoïevski, Kafka, Camus et Tarkovsky, ce morceau est une autopsie de l’artiste maudit, condamné à survivre pour produire, incapable de mourir, enfermé dans un cauchemar existentiel à la Sisyphe. Tarkovsky disait que l’art naît d’un monde mal conçu, et FHMY traduit cette pensée en musique : un artiste qui n’a d’autre choix que de souffrir pour exister.

« Do You Want to See the Noise Inside My Head? » est un cri du cœur ironique adressé aux curieux. FHMY met son esprit à nu, mais laisse l’interprétation à l’auditeur.

« Do Humans Dream of Electric Sheep? » interroge la déshumanisation dans une société où la consommation remplace l’identité. Inspiré par Philip K. Dick et Jean Baudrillard, FHMY questionne ce que signifie encore être humain dans un monde où la valeur individuelle est dictée par le besoin de posséder, de s’afficher, d’être validé par des simulacres.

Le disque s’achève sur « The World Is Not a Beautiful Place & I Am Afraid to Die », une inversion cruelle du nom du groupe The World is a Beautiful Place & I Am No Longer Afraid to Die. Là où eux prêchaient un optimisme fragile, FHMY livre une vision férocement lucide. Le monde n’est pas un endroit beau, et il faut choisir entre s’y abandonner ou s’y confronter.

Cet album est plus qu’un disque, c’est une cassure, une traversée du miroir où chaque note est une question sans réponse. FHMY y canalise le poids du temps, la violence du réel, la mélancolie du souvenir. Il tisse un album où le passé et le présent se confondent, où la solitude devient universelle, où la musique est à la fois refuge et abîme. Ce n’est pas un album qu’on écoute distraitement. C’est un album qui vous regarde droit dans les yeux et vous demande : es-tu sûr d’avoir envie de savoir ?

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Written By
Extravafrench

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