KASSA nous livre une prière pour les absences qu’on ne sait pas nommer sur Aking Anghel
Il y a des chansons qui ne racontent pas, elles murmurent. Qui ne crient pas leur douleur, mais l’étirent dans le silence entre deux notes. Aking Anghel, le nouveau morceau de KASSA, est de celles-là — une offrande intime, fragile et flottante, qui refuse les grands mots mais serre fort là où ça compte.
Le titre, chanté en filipino, se traduit par “Mon Ange” — une adresse tendre, impossible, adressée à quelqu’un qu’on ne verra jamais grandir. KASSA y parle d’un deuil trop peu nommé : celui d’une fausse couche. Et dans la même année, la perte d’un chien adoré. Deux absences. Deux amours. Deux douleurs reliées par ce morceau comme une seule ligne mélodique : douce, lente, presque irréelle.
Musicalement, Aking Anghel plane quelque part entre indie électronique et trip-hop spectral. Les nappes synthétiques sont voilées, presque brumeuses, comme si chaque son essayait de ne pas déranger. Un beat discret, presque organique, pulse en arrière-plan, comme un cœur fatigué mais constant. La voix de KASSA, quant à elle, est un souffle retenu. Elle n’interprète pas, elle confie.
Ce qui bouleverse ici, c’est l’économie de moyens. Il n’y a aucun effet spectaculaire, aucun crescendo émotionnel. Juste une sincérité nue, désarmante. Même le choix de la pochette — une photo du chien disparu — vient poser un geste symbolique d’une pudeur absolue. La perte est là, elle ne se justifie pas, elle se vit. Et Aking Anghel devient un espace pour ça. Un sanctuaire sonore pour les absences que le monde ne prend pas toujours au sérieux.
C’est une chanson qui ne cherche pas à consoler. Elle accompagne. Elle marche à côté. Elle regarde le vide en face et le nomme avec tendresse. À écouter seul·e, de nuit, quand les souvenirs remontent, et qu’on a juste besoin que quelqu’un d’autre ait ressenti la même chose.
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