« The Redhead Blues » : Quand Ricky Leroy Brown électrocute l’élégance du blues avec un uppercut
Pas besoin de whisky pour sentir la brûlure. Sur The Redhead Blues, Ricky Leroy Brown ne joue pas au poète torturé — il l’est. Guitare en main, colère au ventre, il balance un morceau comme on claque une porte qu’on ne veut plus jamais rouvrir. Écrit en deux jours, enregistré seul, instrument par instrument, ce titre est moins une chanson qu’un exutoire. Un règlement de comptes brut, tendu comme un nerf, nourri d’un chagrin qui ne cherche pas la rédemption mais la vérité, nue, rugueuse, électrique.
Ici, l’influence de Prince ne se mesure pas seulement dans les solos affûtés, mais dans l’attitude : tout faire soi-même, jusqu’aux chœurs, avec une fierté quasi punk. Celle aussi d’Albert King, pour la construction, la droiture, et ce refus du pathos cheap qui pollue tant de ballades post-rupture. Non, Ricky ne pleure pas — il accuse, il assume, il tranche. La voix est sèche, le ton désabusé, la guitare, elle, crache des éclairs.
Et si aujourd’hui, tout le monde veut faire du blues en costume, Ricky lui rend son cuir râpé, sa sueur, son odeur de cave. Ce n’est pas rétro, c’est viscéral. Et c’est ce qui rend The Redhead Blues aussi nécessaire : un antidote aux romances aseptisées, une chanson qui dit tout haut ce que beaucoup hurlent en silence dans leur voiture, phares éteints.
Pas de pose, pas de filtre, juste un homme seul face à ses démons. Et ça s’écoute fort.
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