Yossi crache l’âme et caresse l’abîme sur Lost Souls avec un spoken word hypnotique
Certaines voix ne s’écoutent pas avec les oreilles mais avec les entrailles. Yossi, poète-cogneur de la scène spoken word londonienne, est de celles-là. Avec Lost Souls, mini-odyssée en trois temps, il revient après quatre années de silence discographique pour déposer dans nos écouteurs un récit intime, social, cosmique — bref, profondément humain. Pas un retour, non. Une réapparition. Et elle fait du bruit. Intérieur, mais du bruit quand même.
Le voyage commence dans The City. Londres y est décrite comme une bête crevée qui n’a même plus la force de saigner. Les beats, produits par Dylan Van Der Molen, rampent comme des rats dans les canalisations, pendant que la voix de Yossi, volontairement distordue, s’infiltre dans les interstices d’un quotidien bétonné, brutal, bâillonné. C’est un spoken word punk, post-hip-hop, grunge de la gorge, et pourtant ça danse quelque part, en souterrain.
Puis vient Lost Souls, le cœur battant du projet. Une pièce écrite pendant les confinements, et ça s’entend : la solitude y est vibrante, suspendue dans des nappes synthétiques qui évoquent une version désenchantée de Vangelis. Yossi y pose sa voix comme un mantra fragile, une litanie pour ceux qui n’ont plus foi ni en eux, ni dans les autres, mais qui continuent pourtant, sans raison, à chercher. La dernière phrase — “Everything is perfect just the way it is… and there’s a lot that still needs changing” — reste coincée entre deux mondes : celui du déni, et celui de la lucidité. C’est là que réside sa beauté.
Le trip se termine en altitude, sur Tryfan, écrit dans le silence granitique de Snowdonia. C’est la métaphore parfaite : l’humain face à la nature, minuscule, domestiqué, et pourtant encore capable d’entendre. Les textures y sont organiques, spectrales. Yossi y chuchote à la montagne ce que nous, on n’ose même plus se dire dans le noir. C’est le morceau le plus mystique, le plus ample, celui qui laisse flotter la question : “et si la réponse n’était pas dans les mots, mais dans les creux entre eux ?”
Avec Lost Souls, Yossi tend une main tremblante vers celles et ceux qui n’ont plus envie de parler, mais encore besoin d’entendre que quelqu’un pense à eux. Pas de punchlines ici. Pas de posture. Juste une voix. Une présence. Un souffle.
Rarement le spoken word aura été aussi viscéral, aussi cinématographique, aussi juste. Ce n’est pas un projet à streamer distraitement. C’est un disque à habiter. À pleurer en silence. À garder dans la poche comme un caillou fétiche. Un petit bout d’âme, perdu dans le tumulte, mais qui continue de chanter.
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