Robert McGinty nous désarme ce matin avec “Return to Lullaby Mountain”
Il y a des morceaux qui s’écoutent comme on boit un café. Et puis il y a Return to Lullaby Mountain de Robert McGinty, qui s’écoute comme on ouvre une lettre oubliée, retrouvée au fond d’un tiroir, écrite à la main, tremblante, un peu tachée de pluie. C’est un morceau qui ne cherche pas à séduire. Il ne fait aucun effet. Il est l’effet. Et ça change tout.
Dans cette pièce piano solo enregistrée à Manchester, McGinty ne joue pas, il ressuscite. Ce n’est pas une mélodie, c’est un chemin qu’on emprunte les pieds nus, en pleine nuit, à moitié réveillé, à moitié rêvant. L’influence d’Einaudi est palpable, tout comme un clin d’œil discret à Clayderman. Mais McGinty ne copie pas, il déplace. Il prend ce langage de la simplicité mélodique et en fait un dialecte personnel, émouvant sans chantage, fragile sans crainte.
Ce retour à la montagne berceuse, on le sent presque physiquement. Ce n’est pas une ballade, c’est une ascension lente vers un lieu qui n’existe peut-être que dans la tête de celui qui l’invente. Une montagne qui serait faite de souvenirs d’enfance, de silences pleins, de choses qu’on ne dit pas mais qu’on joue.
La force du morceau vient de là : il ne décrit pas, il convoque. On y entend des pas qui craquent sur la neige, une main qui lâche une autre dans un aéroport, un “je t’aime” pensé mais jamais prononcé. Et dans ce vertige de l’ordinaire sublimé, McGinty touche une vérité rare : parfois, le plus grand des vacarmes vient d’une note tenue un peu trop longtemps.
Return to Lullaby Mountain est une berceuse pour adultes cabossés, un havre pour ceux qui cherchent encore un endroit où poser la tête sans avoir à s’expliquer. Pas un tube. Pas un exploit. Juste un moment de grâce. Et c’est infiniment plus.
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