Mariotti.Mariotti sur Positive Noirceur : le spleen comme puissance, l’obscurité comme refuge
Il y a dans la démarche de Mariotti.Mariotti quelque chose d’aristocratique, au sens baudelairien du terme : une élégance dans la douleur, une recherche du beau dans ce qui fait mal. Avec Positive Noirceur, premier album ambitieux et viscéral, le rappeur corse (né à Ajaccio en 1997) livre une œuvre dense, ciselée, dont l’énergie contraste avec la gravité du propos. Un disque qui ne cherche ni à plaire ni à séduire mais à faire ressentir — une introspection coup de poing enveloppée dans une esthétique électro-rap aussi raffinée qu’incandescente.
Formé au droit, au théâtre et à l’économie avant de devenir ingénieur son et collaborer avec des poids lourds comme Rilès ou Ninho, Mariotti.Mariotti (alias Ugo Mariotti) ne s’improvise pas rappeur — il s’auto-construit, il sculpte son langage à coups de textes tranchants, d’ambiances travaillées et de beats sombres flirtant avec la techno. Depuis ses EP ACTION et RÉACTION, il trace une ligne claire : hors du rap formaté, place à la nuance, à la faille, à l’instinct poétique. Positive Noirceur en est l’aboutissement.
L’album se pense comme une tension permanente. La production — qu’il signe en grande partie avec Danyelski — oscille entre nappes électroniques crépusculaires et percussions nerveuses, tandis que le flow de Mariotti alterne mélancolie froide et éclats de lucidité. On pense à des fantômes de Brel dans des clubs berlinois, à des confessions murmurées dans des parkings vides. Il y a du spleen, oui, mais toujours avec une étincelle. La noirceur, ici, n’est jamais gratuite : elle est le terreau de la transformation.
Le morceau J’ai pas les bons crayons en est l’exemple parfait — un cri intime d’un homme qui cherche les bons outils pour dessiner son monde, errant entre béton et souvenirs, entre l’ombre et un néon lointain. Tout l’album fonctionne ainsi, comme une tentative lucide et rageuse d’embrasser l’obscurité pour la transformer en lumière. Un processus alchimique, presque mystique, porté par une langue qui n’a pas peur d’être nue, brute, violente, tendre aussi.
Loin d’un storytelling édulcoré ou d’un narcissisme creux, Mariotti.Mariotti propose une œuvre à lire comme un journal de bord. Positive Noirceur n’est pas un album de plus dans le rap francophone. C’est un manifeste d’artiste, un cri contenu, un souffle lourd. Une façon de dire que la noirceur n’est pas un échec, mais une matière première.
Et dans le chaos contemporain, ce genre de voix-là, ça devient précieux.
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