On aurait pu passer à côté. Lancer le morceau entre deux notifications, distraire l’écoute d’un scroll réflexe, lui préférer un titre plus tapageur. Mais “Honey” ne se vit qu’à condition de lui offrir un moment suspendu. Il ne s’impose pas, il s’infiltre. Et c’est peut-être ça, la vraie magie.
Common Saints — nom d’alter ego de Charlie J Perry, artisan de l’intime et des textures aériennes — dépose ici un groove au ralenti, nappé de claviers vaporeux et de guitares qui semblent flotter à deux centimètres du sol. Le titre porte bien son nom : “Honey”, c’est cette matière douce qui coule lentement, un peu trop chaude, un peu trop sucrée pour qu’on n’y replonge pas encore une fois.
Et puis il y a ce détail étrange, presque comique : la voix de son chien, Manuka, qui hurle dans le fond du mix. Rien de gadget pourtant. Au contraire, c’est ce type de geste absurde et tendre qui rend l’ensemble profondément humain. Parce que la musique de Common Saints ne cherche pas à séduire par l’esbroufe — elle veut juste qu’on reste un peu, qu’on respire avec elle.
“Honey” précède Equinox, l’EP à venir, et donne le ton : quelque chose entre l’apesanteur psyché d’un Kevin Parker période Lonerism, et le spleen doucement groovy d’un Mac DeMarco qui aurait enfin accepté d’aimer sans se moquer. C’est une chanson qui ne veut rien prouver mais qui dit tout, en creux. Et c’est souvent celles-là qui nous restent.
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