Sept ans après leur premier opus Memory Park, Myselfson revient avec Resistance, un album où la synthpop française prend des allures de manifeste cinématographique. Derrière ce nom énigmatique, le duo parisien formé par Jarl Myselfson et Frank Nordag continue de tracer une ligne sinueuse entre l’électro-rock, la darkwave et une pop sombre d’inspiration gothique. Ici, chaque piste est une scène, chaque refrain un dialogue intérieur, chaque synthé une couleur qui éclabousse un écran noir.
Conçu comme la suite directe de Memory Park, Resistance se présente comme un album-concept d’une ambition rare. En douze titres et soixante-quatorze minutes, Myselfson déploie une fresque dense où la lutte – contre soi-même, contre les machines, contre un monde qui se délite – devient une expérience sonore totale. L’ouverture, “Prélude”, pose d’emblée le décor avec une lente montée de nappes électroniques, une tension diffuse comme le silence avant la tempête. Tout au long du disque, l’auditeur est pris dans une boucle de mélodies hypnotiques et de beats martiaux, entre clair-obscur et lumière vacillante.
Le titre éponyme “Resistance” incarne cet esprit combatif. Avec ses guitares saturées et ses synthés lumineux, il semble taillé pour des arènes nocturnes, porté par la voix de Jarl qui oscille entre fragilité et défiance. Plus loin, “Das ist unsere Welt” surprend par son chant en allemand et son groove rigide, presque industriel, qui rappelle Kraftwerk dans une version post-apocalyptique. Le disque ne cesse de naviguer entre intensité et accalmie, entre la rage d’un combat et le murmure d’une confession.
Parmi les relectures, “Rain & Pain” se décline ici en deux versions. La première, remixée par Sasha Mate, se transforme en hymne club gothique, tandis que la seconde, en version étendue, permet de savourer les détails d’une production soignée qui évoque autant Depeche Mode période Violator que Nine Inch Nails dans ses instants les plus vulnérables. Loin d’être un simple clin d’œil, la reprise de “By Your Side” de Waiting for Words s’intègre parfaitement dans l’univers sombre et élégant de Myselfson, habillée d’un minimalisme glacé qui sublime la mélancolie du morceau original.
Mais c’est peut-être dans les morceaux les plus intimes que l’album touche au cœur. “To Love Again” suspend le temps avec un piano dépouillé et une ligne de voix qui tremble comme une bougie dans le vent. “I’m Your Man” et “Home, Sweet Home” explorent des tonalités plus chaudes, presque baroques, comme des respirations nécessaires dans ce voyage oppressant. Et puis il y a “Freeman”, qui clôt l’album sur un crescendo orchestral d’une intensité rare, comme une ultime déclaration de liberté face à un monde qui enferme.
Sur le plan sonore, Resistance est aussi varié qu’un film à sketches. On y retrouve des influences classiques, des textures glitchy, des basses synthétiques grondantes, des chœurs spectrales. Chaque morceau a son identité, mais tous participent à un récit global qui fait écho à notre époque saturée de données et d’angoisses existentielles. Le duo semble vouloir dire : “À l’ère des écrans, des algorithmes et des résistances invisibles, l’acte de créer reste une forme de rébellion.”
À travers cet album, Myselfson confirme sa capacité à construire des mondes. Leur univers est à la fois sombre et accessible, profondément cinématique et résolument électro. On pense à un David Lynch revisitant la BO de Blade Runner, à des corps dansant dans une boîte de nuit en ruine, à des rêves en noir et blanc où la résistance devient poésie.
Pour découvrir plus de nouveautés POP, n’hésitez pas à suivre notre Playlist EXTRAVAPOP ci-dessous :
