On dirait un disque né dans un laboratoire enfumé où les câbles s’entortillent comme des serpents, où chaque beat se frotte contre un souvenir de Central Falls, cette petite ville du Rhode Island qui a toujours sonné comme un carrefour du monde. Scott Corneau, alias Blacklight Beat Patrol, y a digéré les rythmes latins des voisins, les breakbeats qui résonnaient dans les parkings et les textures bruyantes bricolées avec trois fois rien. Avec Phizzle Phinkle Pop, il signe un disque qui refuse la séduction facile : pas de couplets, pas de refrains, pas de slogans. Seulement de la matière brute qui respire, se tord, éclate.
Chaque morceau agit comme une vignette sans mots, une hallucination que l’auditeur doit compléter lui-même. Tracer ouvre l’album comme un polaroïd en accéléré : textures nerveuses, lignes qui se croisent et se perdent dans un brouillard numérique. CBTWYT déploie ses boucles répétitives comme un message codé envoyé d’une boîte noire sous l’eau. Avec Fun Da Mental Magick, Corneau joue au chimiste : beat fracturé, nappes synthétiques qui dégoulinent et, au milieu, une ironie presque enfantine. Puis What’s tha Skinny? interroge sans répondre, groove vacillant, comme une discussion trop rapide pour qu’on la saisisse.
Mais c’est avec Snooze Mosher (Late Again) que le disque prend son envol : urgence absurde d’un matin en retard, batterie synthétique qui court plus vite que le temps. Moulin à Paroles Discothèque recrée le chaos d’une conversation impossible dans une boîte trop pleine, voix fantômes et beats claustrophobes. À l’opposé, Awe Walk ralentit : presque méditatif, comme si la ville s’était enfin arrêtée de parler. Puis A Misguided Convergence rejette l’équilibre et bascule dans un vertige volontaire.
Not After Midnight convoque l’imagerie pop d’un gremlin qui fond dans un hurlement numérique, métaphore involontaire d’un monde qui se dissout. Borealist étire le spectre lumineux en une lente dérive contemplative, avant que Spud Nugget Zen ne conclue l’album avec une étrangeté débonnaire, mi-absurde mi-sérieuse, comme une énigme laissée volontairement ouverte.
Il y a chez Blacklight Beat Patrol une ironie douce, une façon de rire du chaos sans le nier. Derrière l’expérimentation, c’est un disque de survie intime : un art brut, instrumental, où la tension du monde actuel se dépose comme un voile. Phizzle Phinkle Pop n’explique rien, n’assène rien — il propose un miroir déformant où chacun peut se reconnaître, ou se perdre. Et c’est peut-être sa plus belle victoire.
Pour découvrir plus de nouveautés CLUB et ÉLECTRO, n’hésitez pas à suivre notre Playlist EXTRAVACLUB ci-dessous :
