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Music Rock

Mark Vennis & Different Place balancent “Goodbye To All That”

Mark Vennis & Different Place balancent “Goodbye To All That”
  • Publishedfévrier 13, 2026

Avec “Goodbye To All That”, Mark Vennis & Different Place signent un album-fresque où les fantômes de l’Empire britannique battent encore la mesure sous les guitares.

Impossible d’écouter “The Beating of the Drum” sans sentir le sol vibrer sous ses pieds. Dès l’ouverture, Mark Vennis impose une cadence martiale qui n’a rien d’un simple gimmick rock : c’est le pas d’une armée, le souffle d’une nation persuadée d’être éternelle. La batterie cogne comme une marche forcée, les guitares tranchent à vif, et la voix, grave, presque fatiguée, raconte plus qu’elle ne chante. On comprend d’emblée que “Goodbye To All That” ne sera pas un disque nostalgique. C’est une autopsie.

Originaire de Petersfield, dans le Hampshire, Mark Vennis n’en est pas à son premier manifeste, mais ici, il frappe plus large. “This Nation’s Ghosts” avance comme une procession hantée. Les accords sonnent clairs, presque folk, mais ce qui circule dessous relève du blues le plus sombre. Les statues, les champs de bataille, les mères en pleurs : l’album convoque une mémoire collective que l’Angleterre officielle préfère souvent édulcorer. Vennis ne moralise pas, il met en scène. Et ça suffit à créer le malaise.

“Empire Road” est sans doute le cœur électrique du disque. Un riff sec, répétitif, presque punk dans son ADN, soutient un texte qui évoque pouvoir, commerce et violence comme les trois piliers d’une même architecture. La production reste volontairement rugueuse. Pas de vernis inutile : on entend le bois des guitares, la poussière du studio. Cette frontalité rappelle que l’histoire dont il est question n’a rien d’abstrait.

“All Points South” ralentit légèrement le tempo mais pas la tension. Le morceau navigue entre folk maritime et rock tendu, comme si les quais des ports britanniques murmuraient encore les départs sans retour. La mer devient métaphore d’exil, d’enrôlement forcé, d’innocence sacrifiée. Vennis excelle dans ces images simples qui frappent juste.

Le morceau-titre, “Goodbye To All Of That”, agit comme un pivot émotionnel. Sous des accords presque classiques, il pose la question que tout le disque esquive et affronte à la fois : peut-on vraiment dire adieu à un passé qui structure encore le présent ? La mélodie est ample, presque hymnique, mais le texte grince. L’Union Jack n’est plus un symbole glorieux, c’est un tissu taché qu’on hésite à replier.

“There Is No Way Back” et “The Trader” plongent dans la mécanique économique de l’Empire. Les guitares y sont plus blues, plus terreuses. On y entend le commerce comme une forme de prédation institutionnalisée. “An English Tragedy” pousse le trait encore plus loin, entre ironie noire et chronique sociale. On pense aux Kinks, à The Jam, mais avec une gravité contemporaine.

Plus introspectif, “Crawling Through the Woods” offre un moment presque halluciné, tandis que “Just Another Campaign” retrouve une énergie plus directe, presque sarcastique. “Golden Country” introduit une respiration mélancolique, comme un rêve pastoral fissuré. Enfin, “Requiem” referme l’album avec une lassitude lucide. Pas de grand final héroïque. Juste une fatigue collective, un refus de continuer à glorifier l’injustifiable.

“Goodbye To All That” est un disque ambitieux, dense, parfois inconfortable. Mais c’est précisément ce qui le rend nécessaire. Mark Vennis & Different Place ne cherchent pas la polémique facile. Ils creusent. Ils interrogent. Ils composent un album qui traite l’histoire comme une matière vivante, encore brûlante.

Et si le rock britannique devait encore servir à quelque chose, ce serait peut-être à ça : rappeler que derrière les drapeaux et les parades, il y a des voix qui demandent des comptes.

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Written By
Extravafrench

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