« Sangue » impose Elvis Suhadolnik Bonesso et Atila Viggiani comme les nouveaux architectes d’un heavy rock brésilien où groove massif et vulnérabilité cohabitent sans filtre.
On n’entre pas dans « Sangue », on y est happé. Une guitare épaisse, accordée bas, qui ne cherche pas la vitesse mais le poids. Le duo pauliste ne court pas après la modernité : il la digère. Leur EP éponyme respire les années 90 — Alice in Chains, Pantera, Type O Negative — mais sans pastiche poussiéreux. Ici, la nostalgie n’est pas un costume vintage, c’est une langue maternelle.
« Ghost Town » ouvre le bal comme une ville fantôme traversée à pas lourds. Six minutes et plus d’une lente combustion. Le riff principal avance avec une assurance presque doom, pendant que la voix d’Elvis oscille entre plainte contenue et explosion contrôlée. Le morceau installe immédiatement le climat : une mélancolie dense, presque suffocante, où chaque silence semble chargé de non-dits. On sent l’influence d’un Layne Staley dans cette manière de laisser la fragilité fissurer la puissance.
« Leash » resserre l’étau. Plus direct, plus nerveux, il joue sur la tension entre contrôle et abandon. La batterie pousse, les guitares tranchent, mais le groove reste central. C’est là que l’ombre de Dimebag Darrell et de Zakk Wylde plane le plus clairement : solos habités, vibrato appuyé, attaques franches. Pourtant, Sangue ne tombe jamais dans la démonstration gratuite. La technique sert l’émotion, pas l’inverse.
« Dull » ralentit le rythme pour mieux creuser. Atmosphère plus introspective, presque post-metal par instants. Les textures deviennent plus aériennes, les accords s’étirent, laissant la place à une introspection lourde, poisseuse. Le morceau agit comme un point de bascule : moins frontal, plus psychologique. On y ressent cette tension entre identité et perte de repères évoquée dans l’EP.
Puis vient « Tainted », conclusion qui synthétise tout. Riff accrocheur, mélodie sombre, énergie sludge sous-jacente. Le titre condense l’ADN du projet : agressivité et vulnérabilité dans le même souffle. La voix se fait plus rugueuse, presque désabusée, comme si la cicatrice était enfin assumée.
« Sangue » n’est pas un simple hommage à une époque. C’est une déclaration d’appartenance. Deux amis, des décennies de riffs partagés, et cette volonté de revenir à l’essentiel : guitare, groove, vérité. Dans une scène heavy souvent saturée de surproduction, Sangue choisit la densité émotionnelle. Et ça frappe juste.
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