Carter Wilson installe « Crocodile Tears » quelque part entre le brouillard de Seattle et les fantômes d’Oakland, et cette géographie impossible est exactement là où sa musique vit le mieux.
Oakland dans le sang, Seattle dans les poumons. Carter Wilson porte cette double appartenance géographique comme une tension créatrice permanente, et « Crocodile Tears » en est l’expression la plus aboutie : un morceau qui transpire le Pacifique Nord-Ouest tout en gardant cette urgence hyphy de la Bay Area qui ne quitte jamais vraiment ceux qui ont grandi avec.
Le titre lui-même est une accusation retournée. Les larmes de crocodile : ces émotions performées, ces douleurs affichées qui ne coûtent rien à celui qui les exhibe. Carter Wilson entre dans ce territoire trouble avec son arme principale, cette voix fumée et stratifiée qu’il mixe lui-même à la main, superposant les couches vocales jusqu’à créer une texture psychédélique qui appartient uniquement à ce qu’il appelle « Carter Land ». Cet espace sonore personnel, construit patiemment depuis Oakland jusqu’aux forêts pluvieuses de Seattle, est immédiatement reconnaissable pour quiconque a déjà passé du temps dans son univers.
La production trap cloud emo hip-hop flotte dans cette atmosphère particulière des jours gris où la lucidité et la paranoïa deviennent indiscernables. L’autotune n’est pas un artifice correcteur ici, c’est un instrument à part entière, utilisé avec cette précision des artistes qui ont compris avant les autres que le traitement vocal peut dire des choses que la voix naturelle ne peut pas exprimer seule. Mac Miller et OutKast comme ancêtres revendiqués : la généalogie est honnête, et elle s’entend.
Premier single d’un quatrième album en préparation, « Crocodile Tears » ouvre un chapitre avec la désinvolture apparente d’un artiste qui sait exactement où il va.
Même sous la pluie de Seattle.
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