« Magnolia » d’Electric Elm prouve que quinze ans de mysticisme solitaire sous le nom American Elm menaient inévitablement vers ce moment précis, celui où la chanson trouve enfin le groupe qu’elle méritait.
Chris Bousquet a une théorie sur ses meilleures chansons : plus il les aime, moins il sait d’où elles viennent. Cette honnêteté créatrice désarmante, cette façon de traiter l’acte de composer comme quelque chose qui lui traverse plutôt que quelque chose qu’il produit, explique en grande partie pourquoi American Elm a duré quinze ans en solo sans jamais sonner comme un exercice de style ou une démonstration d’ego. Il n’y avait pas d’ego à démontrer. Juste des chansons qui arrivaient et qui demandaient à exister.
« Magnolia » arrive dans ce contexte particulier de transition : American Elm le projet solo mystique qui se peuple enfin de musiciens réels, Electric Elm le duo studio avec Eric M. Lichter qui trouve ses jambes sur scène grâce à Rick Ciervo, Mike Mongillo et Jesse Alford venus de Fjord Pony. Cette convergence de trajectoires différentes autour d’un songwriter qui a partagé des scènes avec Mercury Rev, Howe Gelb et Nathaniel Rateliff & the Night Sweats produit quelque chose qu’on entend immédiatement dans « Magnolia » : la chaleur d’un vrai groupe.
Le folk rock indie qui structure le morceau porte cette généalogie de New England avec une évidence naturelle. La voix de Bousquet y déploie cet ache profond que Redline Roots avait repéré bien avant dans son timbre, cette douleur ancrée quelque part dans les tranchées de l’âme qui remonte sans crier gare et qui donne aux mélodies leur qualité de vérité immédiate. Les guitares folk et électriques coexistent avec la fluidité de musiciens qui se sont trouvés rapidement, cette complicité de répétition qui ne s’entend pas comme une technique mais comme une confiance.
Le dream pop qui infuse certains arrangements de « Magnolia » ajoute une texture aérienne à ce qui aurait pu rester ancré dans le sol de la Nouvelle-Angleterre. Cette légèreté ne trahit pas les racines, elle les élève légèrement, leur permet de respirer différemment.
Howe Gelb a dit de lui : « Now those are the kinds of songs that matter. » « Magnolia » entre dans cette catégorie sans effort apparent.
C’est souvent comme ça que ça marche, avec les meilleures chansons.
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