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Music Pop

Casha Mour avait treize ans, un lapin mort dans le jardin, et « thirteen » est née de ce silence-là

Casha Mour avait treize ans, un lapin mort dans le jardin, et « thirteen » est née de ce silence-là
  • Publishedavril 2, 2026

« thirteen » est le morceau qu’on n’écrit pas, qu’on trouve : Casha Mour a ouvert une porte sur une mémoire enfouie et ce qui en est sorti ressemble moins à une chanson qu’à une vérité qu’on n’avait pas eu le courage de formuler depuis des années.


Janvier. Le froid. Les clés oubliées. Un abri de jardin à Islington pour attendre que la famille rentre. Et dans les buissons, quelque chose qu’un enfant de treize ans n’aurait pas dû voir. La tête du lapin. Le renard était passé.

Casha Mour a attendu des années avant d’écrire sur ce moment. Et quand ça est venu, c’est venu d’un coup, dans son appartement londonien, comme si le souvenir avait attendu le bon instrument pour se dire. Ce n’est pas une chanson construite : c’est une chanson trouvée, dans cet état particulier où l’écriture ressemble davantage à une excavation qu’à une création.

« thirteen » commence par une boucle de guitare. Simple, répétitive, avec cette qualité hypnotique des motifs qui tournent assez longtemps pour que l’inconscient prenne le relais. Il n’y a pas grand-chose autour : un kick, une caisse claire, une voix murmurée quelque part entre le lo-fi et le shoegaze, dans cet espace flou où les mots existent moins comme information que comme texture. Casha Mour dit avoir délibérément résisté à l’envie d’ajouter, de superposer, de remplir. Pour quelqu’un qui ajoute habituellement des couches jusqu’à satisfaction, ce dépouillement est une violence faite à ses propres habitudes. Et précisément parce que c’est difficile pour lui, c’est juste pour le morceau.

Ce qui me reste après l’écoute, c’est l’image de cet enfant dans l’abri. Pas le traumatisme lui-même mais ce qui vient après : cette compréhension soudaine, prématurée, que la nature n’est ni bonne ni mauvaise, qu’elle est simplement, que le chaos est une réalité ordinaire et non une exception. « thirteen » est une méditation sur cette découverte-là, sur ce moment précis où l’enfance commence à se fissurer sans qu’on ait demandé qu’elle le fasse.

Le post-punk et le dark wave n’écrasent jamais le lo-fi : ils l’habitent discrètement, comme une ombre portée sur un mur ensoleillé. La noirceur est là mais elle ne s’annonce pas. Elle attend qu’on la remarque.

Casha Mour a écrit cette chanson comme on fait une thérapie. On l’écoute de la même façon.

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Written By
Extravafrench

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