“Viva Colima” de Bok Nero et Laylattice installe un espace mouvant où le rythme ne guide plus seulement le corps — il redéfinit l’endroit.
J’ai arrêté de l’écouter comme un morceau assez vite.
Quelque chose dans “Viva Colima” résiste à cette lecture simple. Ce n’est pas une construction linéaire, ni une montée calibrée pour festival. C’est plus diffus. Comme si la musique avait décidé de quitter le cadre du club pour s’étendre ailleurs — dans l’air, dans les gestes, dans les corps qui ne suivent plus vraiment une chorégraphie mais une sensation.
Le rythme, d’abord, agit comme une surface.
Pas une base rigide. Une matière souple, presque mouvante. Les percussions ne frappent pas, elles rebondissent. Il y a un jeu constant entre tension et relâchement, comme une respiration qui ne se stabilise jamais complètement. On pense au garage, à la house, mais sans que rien ne soit figé. Ça circule.
La basse, elle, ne cherche pas à dominer.
Elle serpente. Elle s’insinue. Elle prend moins de place qu’on pourrait l’imaginer, mais elle est partout. Une présence discrète, mais essentielle — comme une ligne invisible qui maintient tout ensemble sans jamais s’imposer.
Et puis il y a Laylattice.
Sa voix ne vient pas “habiller” le morceau. Elle le traverse. Elle passe entre les éléments, se faufile, s’adapte. Le mélange anglais-espagnol ne crée pas un contraste, il ouvre une continuité. On ne traduit pas, on suit. Il y a une fluidité presque instinctive dans sa manière d’habiter l’espace sonore.
Ce qui me plaît, c’est l’absence de gravité.
“Viva Colima” aurait pu être un track plus frontal, plus efficace au sens classique. Mais il choisit autre chose : une forme de légèreté maîtrisée. Rien n’est appuyé, tout est suggéré. Même les moments les plus “catchy” restent en suspension.
Comme si le morceau refusait d’être capturé.
La production, très propre, très nette, ne gomme jamais cette sensation organique. Au contraire, elle la met en valeur. Chaque élément est à sa place, mais sans rigidité. Ça vit, ça bouge, ça respire.
Et au final, il reste quoi ?
Pas un hook.
Pas une drop.
Un état.
Celui d’un moment qui ne se laisse pas enfermer — ni dans un genre, ni dans une fonction. Une musique qui ne cherche pas à te faire danser.
Mais qui fait en sorte que tu bouges quand même.
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