« Sur « housecAt », art pop invente une fête cassée pour les gens qui dansent avec une boule dans la gorge : indie rock, synth pop, house bancale, micros d’iPhone et mélancolie sous stroboscope. »
Il y a des albums qui sentent le studio cher, le café froid sur console SSL, la moquette d’ingénieur son et les décisions validées trop proprement. « housecAt » sent autre chose : un Airbnb à Los Angeles, une chambre familiale à Austin, un MacBook ouvert trop tard, un iPhone utilisé comme micro parce que c’est ça ou rien. Et honnêtement, tant mieux. Max et Miles Grossenbacher, les deux frères derrière art pop, ne cherchent pas à faire semblant d’avoir bâti une cathédrale. Ils construisent une cabane électrique, bizarre, triste, dansante, avec des câbles qui dépassent et des refrains qui pleurent sous l’autotune de la débrouille.
Le disque commence comme une maison qui n’est jamais vraiment stable. « sunrise 4 suckers » pose déjà l’ironie douce-amère : l’aube pour les pigeons, le matin comme arnaque, la lumière qui revient sans demander si quelqu’un est prêt. On entre dans l’album avec ce sourire de travers, typique d’une génération qui a appris à transformer son malaise en esthétique.
« the party’s never over (and i feel alive right now…) » arrive ensuite comme une phrase qu’on crie trop fort pour ne pas entendre le vide derrière. Première apparition d’un motif essentiel : la fête comme mensonge nécessaire. Ici, art pop garde encore une forme indie pop-rock reconnaissable, presque fragile, avant que le morceau ne revienne plus tard sous une forme décomposée, plus frénétique, comme si la nuit avait mangé son propre refrain.
« in my blue house » est peut-être le cœur domestique du projet. La maison bleue n’a rien d’un refuge parfait ; elle ressemble plutôt à un état mental, une pièce où la tristesse a peint les murs elle-même. Les synthés et les textures lo-fi y donnent cette impression de solitude habitée, pas totalement sombre, mais pas vraiment sauvée non plus.
« a house on fire » renverse la maison en menace. Là où le titre précédent semblait contenir la mélancolie, celui-ci la laisse brûler. art pop excelle dans ces images simples, presque enfantines, qui deviennent immédiatement émotionnelles : une maison bleue, une maison en feu, un chat triste, une fête qui ne finit pas. Tout l’album fonctionne comme une collection de symboles cassés.
« but the sad kitty don’t dance » pourrait être une blague, mais c’est peut-être la phrase la plus sincère du disque. Le sad kitty, c’est le personnage central de « housecAt » : celui qu’on invite au club, mais qui reste au bord de la piste, trop lucide pour s’abandonner, trop touché pour rentrer chez lui. Le morceau joue avec cette contradiction : faire de la musique de danse pour quelqu’un qui ne sait plus danser.
« we r rebels » remet un peu de chaos adolescent dans la pièce. Le titre a l’orthographe d’un texto, l’énergie d’un manifeste écrit sur un miroir de salle de bain, la liberté de ceux qui ne veulent pas choisir entre sincérité et dérision. On y entend les fantômes de 100 gecs, l’instinct mutant de James Blake, les couleurs indie-électroniques de Porches, mais passés dans une machine familiale et cabossée.
« a waiting room (kibbles N bits remix) » est l’un des gestes les plus culottés : reconfigurer l’imaginaire acoustique et désarmant de « Waiting Room » de Phoebe Bridgers en version synthétique, dansante, presque méconnaissable dans sa nouvelle peau. C’est moins un hommage qu’une séance de spiritisme remixée : une chanson d’attente transformée en salle d’attente club, néons faibles, cœur en boucle.
Enfin, « but i don’t know how to try… » ferme l’album sur une phrase qui résume tout : l’envie existe, mais le mode d’emploi manque. art pop ne prétend jamais avoir trouvé la sortie. Le duo préfère documenter le moment où l’on continue quand même, avec de mauvais micros, de bonnes idées, beaucoup de reverb et cette conviction tordue que la tristesse peut tenir sur un beat house.
« housecAt » est un album DIY au sens le plus vivant du terme : non pas une excuse technique, mais une philosophie. Max et Miles Grossenbacher prennent leurs limites et les rendent stylistiques. Ils inversent des sections, recyclent des thèmes, salissent les contours, réinventent leurs anciens morceaux comme si chaque chanson possédait un double nocturne. Résultat : un disque imparfait, oui, mais magnétique, attachant, singulièrement moderne. Une rave pour chambres en désordre. Une boule à facettes dans une dépression légère. Un chat triste qui, finalement, danse peut-être un peu quand personne ne regarde.
Pour découvrir plus de nouveautés POP, n’hésitez pas à suivre notre Playlist EXTRAVAPOP ci-dessous :
