« « North Star » offre à Toronto une boussole en velours : Santi Forget y mêle soul rétro, indie R&B et ferveur de groupe live pour chanter la ville qu’on voulait fuir avant de la reconnaître comme une maison. »
Santi Forget ne chante pas Toronto comme une carte postale de skyline, ni comme un décor Instagram avec tramway, cafés cool et coucher de soleil sur Queen West. Elle la chante comme on revient vers quelqu’un qu’on a failli quitter trop vite. « North Star » naît précisément de cette bascule intime : l’envie ancienne de partir, de s’arracher à sa propre ville, puis le choc doux de la redécouvrir depuis l’ouest, de se laisser reprendre par ses rues, ses communautés, ses détails, son énergie de refuge imparfait.
Le morceau a quelque chose d’un retour au bercail sans naïveté. Santi Forget, artiste torontoise d’origine canadienne et péruvienne, possède cette voix soul qui ne cherche pas l’esbroufe : elle enveloppe, elle sourit dans l’ombre, elle garde une sensualité chaude sans jamais devenir décorative. On sent l’héritage 90’s retro soul dans le grain, dans la manière de tenir une phrase comme une main posée sur l’épaule, mais « North Star » respire aussi l’indie R&B contemporain, plus souple, plus atmosphérique, presque nostalgique avant même d’avoir fini de jouer.
La décision d’enregistrer avec un trio de musiciens issus de l’église donne au titre une vibration organique essentielle. Les claviers de Johnathan Maynard, la batterie de Joshua Allen, la basse d’Andre Thomas et la guitare de Layton Thomas ne viennent pas simplement accompagner une chanteuse : ils donnent au morceau cette sensation de communauté réelle, de pièce où les gens s’écoutent. Rien ne sonne plaqué. Le groove reste tight, mélodique, mais il garde une respiration humaine, une élégance de live band qui rappelle que certaines émotions ont besoin de corps autour d’elles pour prendre toute leur ampleur.
« North Star » fonctionne alors comme une chanson de ville, mais aussi comme une chanson d’orientation intérieure. L’étoile polaire du titre n’est pas seulement un point dans le ciel ; c’est ce qui permet de retrouver sa place quand on a trop longtemps cru que l’ailleurs sauverait tout. Santi Forget ne vend pas Toronto comme un paradis. Elle lui rend quelque chose de plus beau : sa complexité affective. Cette capacité qu’ont certains lieux de nous lasser, de nous blesser peut-être, puis de nous rouvrir soudain une porte.
Le travail de John Dinsmore au Lincoln County, entre enregistrement et mix, puis le mastering de Jason Vandergriendt, respectent cette chaleur-là. La production ne surpolit pas le morceau. Elle laisse la soul respirer, la guitare éclairer les coins, les voix porter une mémoire douce. Après « Dear New Love » et l’EP « Raquel », Santi Forget confirme une direction précieuse : une pop alternative et R&B qui préfère la texture au clinquant, l’intime au spectaculaire, la présence au masque.
« North Star » est une chanson pour les habitants de naissance, les nouveaux venus, les exilés de quartier, les cœurs qui croient devoir partir pour se retrouver. Santi Forget y signe une déclaration d’amour adulte à sa ville : pas un hymne officiel, plutôt une lumière à la fenêtre, une soul de retour, une preuve que parfois, la destination qu’on cherchait brillait déjà au-dessus de nos propres rues.
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