« « Profanity » donne à JK Jerome une entrée en scène bouleversante : une guitare fragile, une enfance pauvre, et cette phrase qui claque comme une revanche sociale murmurée. »
La brutalité d’un mot dépend souvent de la bouche qui le prononce. Dans « Profanity », JK Jerome reprend une insulte de classe, la regarde droit dans les yeux, puis la déplie jusqu’à en faire une chanson. Au centre, il y a cette phrase terrible et magnifique : “Profanity is a single parent family”. Autrement dit : l’obscénité, aux yeux d’une certaine Angleterre médiatique des années 90, ce n’était pas la pauvreté organisée, ni la violence sociale, ni les journaux qui désignent des mères seules comme des coupables faciles. C’était la famille monoparentale elle-même. JK Jerome inverse alors l’accusation. Il ne se défend pas. Il reprend la honte qu’on lui tendait et en fait une matière sonore.
Ce premier single n’a rien d’un manifeste crié au mégaphone. « Profanity » avance plus bas, plus près de la peau. On y entend une conversation avec un soi plus jeune, un enfant qui grandit dans une Grande-Bretagne pauvre, sous le regard dur d’un pays obsédé par le mérite mais rarement par la tendresse. La chanson parle de classe, de potentiel, de ce fossé invisible entre ce qu’on pourrait devenir et ce que le monde nous autorise à imaginer.
Musicalement, JK Jerome choisit l’intime augmenté. Une guitare électrique en finger-picking tient la colonne du morceau, mais autour d’elle viennent se déposer des percussions de foley, des sub basses profondes, des textures de delay déformées par une Chase Bliss Mood. Le résultat flotte quelque part entre la chaleur organique de Nick Mulvey et les fantômes électroniques de Bon Iver, sans jamais sonner comme un exercice d’influence. C’est une chanson au casque, une de celles qui semblent d’abord discrètes puis reviennent hanter l’oreille par détails successifs.
Ce qui impressionne surtout, c’est la retenue. JK Jerome a déjà un passé scénique solide — BBC Radio 2 avec Dermot O’Leary, Mahogany Sessions, Boardmasters, BST Hyde Park, Isle of Wight Festival, première partie de Goldfrapp — mais « Profanity » ne cherche pas à capitaliser sur un CV. Il ouvre plutôt une porte étroite, personnelle, presque dangereuse. Un debut single d’une élégance blessée, où l’autobiographie devient politique sans perdre son tremblement.
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