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Music Pop

LEAONE enterre ses démons dans “Goodbyes & Goodtimes”

LEAONE enterre ses démons dans “Goodbyes & Goodtimes”
  • Publishedmai 19, 2026

“Entre groove dépouillé, humour noir britannique et élégance de survivant, LEAONE transforme “Goodbyes & Goodtimes” en confession funèbre, lucide et magnifiquement cabossée.”

La scène se passe quelque part dans le Suffolk, mais on pourrait jurer qu’elle appartient à un film indépendant tourné sous un ciel trop bas, avec des champs humides, une caravane, une tasse de café froid et un homme qui recommence à écrire parce qu’il n’a plus grand-chose d’autre à perdre. LEAONE revient avec “Goodbyes & Goodtimes”, son premier single depuis 2023, et l’on comprend assez vite que ce retour n’a rien d’un simple redémarrage promotionnel. C’est une sortie de brouillard. Une chanson faite avec les restes d’un monde personnel qui a pris feu.

Écrit et autoproduit dans une caravane, au cœur d’une période de turbulence intime, le titre porte en lui cette étrange noblesse des morceaux qui ne maquillent pas leurs cicatrices. Rupture longue durée, accident de voiture après un délit de fuite, instabilité financière, retour au point de départ après Liverpool et Londres : la biographie pourrait donner un drame social trop appuyé. LEAONE, lui, choisit la retenue. C’est précisément ce qui rend “Goodbyes & Goodtimes” si magnétique. La chanson ne hurle pas sa douleur, elle la laisse traîner dans la pièce, assise dans un coin, cigarette imaginaire au bord des lèvres.

Musicalement, le morceau repose sur un groove minimal, presque squelettique, traversé par une influence hip-hop qui ne cherche jamais à gonfler les muscles. Tout reste dans l’économie, dans le pas de côté, dans cette façon de faire peser le silence autant que le rythme. La voix, grave dans l’intention, semble davantage convoquer l’ombre de Johnny Cash que celle de Mac Miller : une présence sèche, narrative, presque terminale, comme si LEAONE chantait depuis le seuil d’une disparition qu’il aurait lui-même mise en scène. Le sujet est frontal — sa propre mort, ses funérailles, son effacement possible — mais l’humour britannique vient fissurer le tragique. On ne sombre jamais complètement. On flotte dans une noirceur ironique, élégante, presque cinématographique.

Les références discrètes à The Notorious B.I.G. et Lana Del Rey ajoutent à cette tension : d’un côté, la mythologie de la chute racontée avec lucidité ; de l’autre, une mélancolie glamour, une langueur de fin du monde tenue à distance. LEAONE ne copie personne, il absorbe des climats. Il fabrique un espace où le rap, la chanson sombre, la country fantomatique et l’indie-pop funèbre peuvent se croiser sans se saluer trop fort.

“Goodbyes & Goodtimes” fonctionne aussi comme le manifeste d’un album à venir, neuf titres façonnés par la résilience, l’isolement et la réinvention. On imagine LEAONE pédalant seul dans la campagne, avalant les kilomètres comme on tente de digérer ses propres ruines, puis revenant poser des fragments de vie sur des machines, des accords, des respirations. Le fait que les dernières étapes du projet aient été financées grâce à l’indemnisation d’une voiture détruite ajoute une ironie presque parfaite à l’histoire : transformer l’accident en mix à Los Angeles, le chaos en disque, la casse en mouvement.

Avec “Goodbyes & Goodtimes”, LEAONE signe une chanson d’après-coup. Pas celle d’un homme sauvé, plutôt celle d’un homme qui a compris que survivre n’a rien de spectaculaire. C’est parfois juste continuer à produire, écrire, respirer, rire un peu de sa propre tragédie, et trouver dans les adieux une étrange manière de rester vivant.

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Written By
Extravafrench

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