« Twice Dark transforme « Savage Media » en décharge pop electro-industrielle, une danse noire pour nos corps branchés trop longtemps aux machines. »
La chanson commence presque comme une alarme qu’on aurait décidé de suivre au lieu de l’éteindre. « Savage Media » n’a pas l’élégance polie des morceaux électroniques qui demandent gentiment leur place dans la nuit. Twice Dark arrive plus frontalement : stroboscope dans les yeux, basse dans la cage thoracique, sueur froide sur synthés métalliques. Josh Kreuzman, cerveau du projet né à Bloomington, ne compose pas ici une simple piste darkwave ; il fabrique une zone de contamination.
Le sujet est simple, donc terrifiant : notre soumission à la technologie. Pas la grande thèse ennuyeuse sur les écrans, pas le sermon anti-smartphone façon fin de dîner. « Savage Media » parle plutôt de cette dépendance devenue réflexe, de cette manière qu’on a de nourrir la machine pendant qu’elle nous avale doucement. On scrolle, on clique, on danse, on disparaît un peu. Twice Dark transforme ce malaise en carburant club, comme si Front 242, Front Line Assembly et Skinny Puppy s’étaient donné rendez-vous dans une boîte gothique sous vidéosurveillance.
Ce premier single extrait de l’EP à venir Welcome to the Night Show marque une direction plus electro-industrielle pour Twice Dark, et l’évolution lui va comme un cuir noir trop bien porté. La production, enregistrée, mixée et masterisée par Kreuzman lui-même, garde cette brutalité artisanale qui évite au morceau de sonner trop propre. Les machines cognent, les textures grincent, les lignes synthétiques découpent l’espace avec une précision presque hostile. Pourtant, derrière l’acier, il y a du groove. Un vrai. Celui qui donne envie de bouger même quand le morceau raconte notre propre domestication.
Depuis 2020, Twice Dark construit un monde à part, nourri de goth, d’EBM, d’italo disco, de cold wave, de deathrock et de ruines industrielles fantasmées. « Savage Media » condense cet ADN en version plus nerveuse, plus toxique, plus dancefloor. On y retrouve la gravité baritone, les refrains sombres, l’ombre des années 80, mais passés dans une lumière plus agressive, presque cybernétique.
Ce qui rend le titre addictif, c’est justement cette contradiction : il critique l’emprise des médias et des technologies tout en utilisant leur propre langue — vitesse, répétition, saturation, impact immédiat — pour nous piéger à son tour. « Savage Media » ne libère pas vraiment. Il montre la cage, allume les néons, augmente le volume, et nous regarde danser dedans.
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