« « FAMOYO » de Massimo Donelli et Paolo Rossi avance comme un rituel prog, jazz-fusion et world music, où chaque piste cherche le point exact entre le corps, l’amour, l’esprit et l’équilibre. »
On entre dans « FAMOYO » comme on pousserait la porte d’une bibliothèque étrange, remplie de vieux carnets, de synthétiseurs, de prières sans religion fixe et de cartes menant vers l’intérieur de soi. Massimo Donelli et Paolo Rossi n’ont pas fabriqué un simple album à écouter en diagonale : ils ont construit un parcours, presque une méthode. Deux Italiens qui se sont connus jeunes, ont joué ensemble, puis se sont éloignés vers d’autres vies — journalisme, politique, poésie — avant de revenir à cette vieille passion commune, avec Donelli à la composition et Rossi aux textes, dans une matière nourrie de prog, jazz-fusion, world music et intelligence artificielle comme outil de recomposition.
Le concept s’inspire librement de la pensée de George Ivanovich Gurdjieff, autour de trois voies fondamentales — le Fakir, le Moine, le Yogi — puis d’une quatrième, celle de l’Homme Astucieux, capable de les équilibrer. C’est ambitieux, presque déraisonnable, mais « FAMOYO » tient justement par cette démesure douce.
« Guarda dentro » ouvre l’album comme une consigne simple et vertigineuse : regarder dedans, avant toute fuite. Puis le triptyque du Fakir prend le relais. « Il Fachiro-Gestation and birth » semble installer la naissance du corps, sa pesanteur, son mystère premier. « Il Fachiro-Potere del corpo » densifie cette matière, donne à la chair une puissance presque percussive, tandis que « Il Fachiro-L’essenza » cherche moins l’exploit physique que ce qui demeure une fois la douleur et le plaisir traversés.
La voie du Moine change la température. « Il Monaco-Feeling and love » ouvre une zone plus affective, plus humaine, où la musique paraît moins marcher que respirer. « Il Monaco-Risvegli » porte très bien son nom : quelque chose se réveille, non dans le fracas, mais dans le déplacement intérieur. « Il Monaco-Toujours » prolonge cette ligne sentimentale avec une idée d’amour qui ne serait pas seulement émotion, mais durée, fidélité, vibration persistante.
Vient ensuite le Yogi, et l’album bascule vers une écoute plus suspendue. « Lo Yogi-Trought and meditation » — jusque dans son étrangeté orthographique — ressemble à une méditation pensée de travers, pas parfaitement lisse, donc vivante. « Lo Yogi-Ricerca » avance comme une quête, une main tendue vers ce qui dépasse. « Lo Yogi-Filo d’acciaio » est l’un des plus beaux titres du disque : ce fil d’acier dit l’équilibre tendu, la discipline, la fragilité cachée sous la résistance.
Enfin, « L’uomo astuto-Balance and completeness » tente la synthèse. Après le corps, l’amour et l’esprit, il ne s’agit plus de choisir son camp, mais de doser. C’est peut-être là que « FAMOYO » touche le plus : dans cette idée que la maturité n’est pas une pureté, mais un art du mélange.
Massimo Donelli et Paolo Rossi signent un disque conceptuel rare, imparfaitement classable, parfois méditatif, parfois ample, où l’expérimentation technologique ne remplace jamais l’élan humain. « FAMOYO » ne cherche pas à divertir vite. Il demande qu’on le suive, qu’on accepte ses détours, ses langues, ses symboles. Et au bout, il laisse cette question calme mais tenace : parmi toutes nos vies possibles, laquelle est enfin complète ?
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