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Music Rock

Papa, rockeur, paniqueur : Spottiswoode a écrit l’album que sa fille lui interdira peut-être bientôt de jouer

Papa, rockeur, paniqueur : Spottiswoode a écrit l’album que sa fille lui interdira peut-être bientôt de jouer
  • Publishedmai 27, 2026

« « It Wasn’t In The Script » prend la paternité par le col, le cœur et le second degré : Spottiswoode y transforme l’amour d’un père en cabaret rock, tendre, bancal, drôle et totalement désarmant. »

https://spottiswoode.bandcamp.com/album/it-wasnt-in-the-script

Personne ne prépare vraiment les songwriters à devenir parents. On leur apprend à sublimer les ruptures, les bars trop tardifs, les amours qui tournent mal, les trains ratés, les villes hostiles, la solitude glamour. Puis un enfant arrive, et tout le vocabulaire se dérègle. Spottiswoode, lui, ne contourne pas le problème. Il fonce dedans avec une élégance de dandy ému, une guitare électrique, un humour sec et cette idée presque incongrue : faire un album entier sur le fait d’être père avant que sa fille ne soit assez grande pour lever les yeux au ciel.

« It Wasn’t In The Script » annonce tout de suite la couleur : la vie n’a pas suivi le scénario, mais elle a peut-être écrit mieux. Le morceau-titre ouvre le disque sur un rétro R&B joueur, comme un générique de film familial réalisé par quelqu’un qui aurait trop aimé Ray Charles, The Kinks et les mauvaises surprises. « Prayer #1 » glisse ensuite vers une pop easy-listening faussement légère, petite prière domestique où l’inquiétude se déguise en mélodie polie.

Le cœur se serre davantage sur « Old Man At The Station », longue pièce de plus de sept minutes, presque un court-métrage. Spottiswoode y laisse le temps faire son œuvre : le père, l’âge, la transmission, l’attente, tout semble passer sur le quai. « Oh, What A Beautiful World » répond avec une douceur lumineuse, mais jamais idiote ; chez lui, l’optimisme garde toujours une ride au coin de l’œil.

« When I’m With You » touche parce qu’il ne cherche pas à rendre l’amour paternel héroïque. Il le montre simple, immense, presque embarrassant dans sa vérité. « Just As We Planned » remet du nerf, du guitar rock, une ironie mordante : évidemment que rien ne se passe comme prévu, et c’est bien là que le disque devient vivant.

La face plus sombre arrive avec « The Bullet’s Coming » et « I’m A Worrier », deux bijoux de lounge noir anxieux. Le père n’est pas seulement celui qui protège ; c’est aussi celui qui imagine toutes les catastrophes avant le petit-déjeuner. « Through The Shadows » avance comme une berceuse pour temps abîmés, l’un de ces morceaux où la tendresse ne nie pas l’obscurité mais décide de marcher quand même.

« It’s Always Something » ramène l’Americana des contrariétés quotidiennes, cette philosophie très adulte du “il y aura toujours un truc”. Puis « You Think Too Much » fait danser la névrose en boogie-woogie, ce qui est peut-être la meilleure manière de lui survivre. Enfin, « Summer Day » referme l’album dans une ampleur gospel, avec Martha Redbone qui vient faire décoller le plafond, pendant que la voix de Sophie Lee, la fille de Spottiswoode, donne au disque sa couleur la plus précieuse : celle d’une enfance réelle, pas seulement fantasmée.

Produit par Peter Fox à Brooklyn Pearl, porté par Brian Geltner, Drew Hart, Kenny White et la Stratocaster de Spottiswoode, « It Wasn’t In The Script » ressemble à un album impossible à pitcher proprement. Trop drôle pour être seulement sentimental. Trop touchant pour être seulement ironique. Trop rock pour être une carte de fête des pères. Spottiswoode y signe un disque rare : un album sur la paternité qui ne sent ni la morale ni le sucre, mais la vie telle qu’elle arrive, mal coiffée, sublime, absolument pas prévue.

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Written By
Extravafrench

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