« « Sanzaru » fait de Maelydée une funambule pop lucide, coincée entre les trois singes de la sagesse, les néons du déni moderne et cette envie très humaine de ne plus rien ressentir pendant trois minutes. »
On connaît tous cette fatigue étrange : trop voir, trop entendre, trop dire, jusqu’à ne plus savoir si l’on se protège ou si l’on disparaît. « Sanzaru », nouveau single de Maelydée, part de ce malaise contemporain avec une intelligence rare. Le titre convoque le symbole des trois singes — ne pas voir le mal, ne pas entendre le mal, ne pas dire le mal — mais refuse d’en faire une leçon morale bien rangée. Chez elle, cette sagesse ancienne devient un réflexe de survie moderne : fermer les yeux, baisser le volume, sourire quand même, continuer à bouger pendant que le monde sature.
Le morceau avance sur une ossature groovy, presque insolente, portée par des guitares punchy et des synthés lo-fi qui donnent à l’ensemble un parfum légèrement cabossé. Rien n’est trop propre, et c’est tant mieux. La voix de Maelydée, veloutée mais jamais lisse, se faufile dans la production avec une douceur qui cache une vraie nervosité. On sent une alt-pop qui aime les contrastes : lumineuse en surface, plus inquiète dessous ; légère dans le mouvement, beaucoup plus désabusée dans le fond.
Ce qui rend « Sanzaru » particulièrement attachant, c’est cette manière de rendre le désenchantement dansant. Maelydée ne pleure pas sur l’époque, elle la met en scène avec une verve presque pop art. Le clip DIY prolonge d’ailleurs cette idée : tableaux monochromes, accents chromatiques frappants, esthétique conceptuelle entre absurdité quotidienne et réalisme artificiel. Comme si la vie moderne était devenue un studio trop blanc, trop contrôlé, où l’on rejoue ses petits effondrements avec une chorégraphie impeccable.
Basée à Québec, découverte au Festival International de la Chanson de Granby et lauréate d’un prix de la Fondation SOCAN, Maelydée construit depuis ses débuts une pop francophone sensible, instinctive, où les mots ont du nerf et les mélodies leur propre vie secrète. Après l’EP « SORTIE », produit en home studio avec Frederick Leblanc, « Sanzaru » ouvre la voie à un deuxième projet prévu pour janvier 2027, et l’on sent déjà une artiste plus affirmée dans ses zones de trouble.
La beauté de « Sanzaru » tient à sa contradiction centrale : c’est une chanson sur l’engourdissement volontaire qui, pourtant, déborde de présence. Maelydée y chante le désir de se couper du bruit, mais sa musique fait exactement l’inverse : elle réveille, elle gratte, elle accroche. Un bop alt-pop aussi séduisant que lucide, pour une époque qui fait semblant de ne rien voir tout en dansant au bord du précipice.
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